Tiwayo, Sincerity as a compass
04.09.2026
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Reconnu pour son son puissant, chaleureux et explosif, il s’impose comme un musicien de scène hors pair, capable de naviguer entre blues, swing, soul et rock’n’roll, mais aussi jazz. Très apprécié en Europe, notamment en France, il collabore régulièrement avec de nombreux artistes et demeure un ambassadeur passionné de la tradition afro-américaine. Pour nous, Sax Gordon Beadle revient sur son parcours, sa vision de la musique et son attachement profond au rhythm’n’blues.
Il explique avoir choisi le saxophone presque par hasard dans son enfance, alors qu’il baignait dans une famille de pianistes. Très vite, ses premières grandes influences viennent de figures majeures. Son identité musicale se construit dans ce mélange de swing, jump-blues, soul et rock’n’roll, qu’il revendique pleinement malgré les critiques lui reprochant parfois de « brouiller » son image.
« Je me souviens d’un producteur de disques, un gars bien connu. Je lui parlais de jouer différents styles et il me répondait « Ne semez pas la confusion dans votre public… » Comme si je faisais trop de choses différentes… Et peut-être que c’est vrai ! Je dirais que j’aime écouter du saxophone soul, comme Jr Walker et King Curtis, mais j’aime aussi écouter du saxophone swing, comme Illinois Jaquet et du jump-blues et des saxophones qui « sonnent », comme Big Jay McNeely et Joe Houston. (…) Cet été [2026, NDR], je jouerai à un de ces week-ends rock’n’roll où le style est très « années 1950 », rockabilly, rock’n’roll et tout ça. D’autres fois, quand je suis à Paris, je joue du swing avec Dany Doriz ou du boogie-woogie avec Nirek Mokar. Et en Italie, à Poretta notamment, je joue de la musique soul. »

L’entretien aborde ensuite la place du saxophone dans le blues contemporain. Selon lui, l’instrument a perdu son rôle central, notamment parce que trop de saxophonistes se limitent à une approche purement jazz, oubliant l’efficacité émotionnelle et la simplicité expressive du blues ou du rhythm’n’blues. Il cite des figures comme Eddie Shaw ou J. T. Brown comme exemples injustement sous-estimés.
« J’imagine que c’est la faute des saxophonistes eux-mêmes, parce que quand les saxophonistes commencent à apprendre leur instrument, on leur dit de jouer du jazz. Tout le monde pense que le saxophone est un instrument de jazz, donc tout le monde apprend le jazz. Et puis quand les saxophonistes jouent avec un groupe de blues, ils ne jouent pas le « bon son », ils ne font pas que les artistes se sentent nécessairement « bien », comme quand vous entendez un solo de saxophone sur un titre de Little Richard, vous savez, comme Lucille ou Good golly Miss Molly. »
Pour les jeunes musiciens, son conseil est simple : écouter énormément, apprendre l’histoire, comprendre les contextes géographiques et culturels de cette musique. À ses yeux, la connaissance musicale passe autant par l’écoute que par la curiosité historique.
Quand les saxophonistes commencent à apprendre leur instrument, on leur dit de jouer du jazz (…) Et puis quand [ils] jouent avec un groupe de blues, ils ne jouent pas le « bon son. »
Sax Gordon Beadle
« Je pense qu’un conseil pour une jeune personne serait juste d’écouter et d’essayer de comprendre la musique, pas seulement en écoutant des titres individuels sur Spotify ou YouTube, mais essayer de comprendre la situation de la musique, d’où elle vient ; si c’est de Chicago, de Philadelphie ou de Californie, ou pourquoi beaucoup de la musique de Los Angeles des années 50 était produite par des musiciens qui venaient de Louisiane et du Texas, et qu’assurément beaucoup de rhythm’n’blues venait de New York. Essayez de recomposer l’image de « comment la musique est arrivée », parce qu’il y a beaucoup de raisons pour lesquelles la musique ressemble à ceci et à cela, ou non. Essayez d’apprendre de la musique, et lisez l’histoire de la musique… (…) Je pense que plus j’apprends, plus je réalise combien je ne sais pas ! Je continue d’apprendre, et chaque fois que j’apprends quelque chose, je deviens curieux à propos de dix autres choses. Si je découvre un nouvel artiste et que je commence à apprendre des choses sur lui, alors je découvre qu’il a joué avec d’autres artistes que je ne connaissais pas, et je deviens encore plus curieux à leur propos. »

Et l’énergie scénique est un gros plus chez Sax Gordon Beadle.
« A n’importe quel concert, il peut y avoir quelqu’un qui vient et qui ne sait pas vraiment, qui n’est pas tellement un fan ou qui ne connaît pas tellement la musique. Et c’est une bonne opportunité d’emmener quelqu’un, de vraiment s’emparer de son attention et d’essayer de le rendre fan, de lui montrer quelque chose qu’il n’a jamais vu auparavant, qu’il n’a jamais vécu avant, qu’il n’a jamais ressenti de cette façon. Cette opportunité live est une occasion pour vraiment capter l’attention, faire réaliser qu’il y a davantage de choses qui se produisent que ce qu’on pensait. Tu peux vraiment susciter de nouveaux fans pour la musique en offrant quelque chose de particulier en live ! »
Enfin, il confie ses projets futurs : tournées en France, au Brésil, collaborations multiples et l’idée d’enregistrer plusieurs EPs plutôt qu’un album complet.
« J’ai parlé de faire quelque chose avec Big Dez. Peut-être que quand je serai en Amérique du Sud, je ferai un petit EP avec Igor Prado et son frère Yuri. J’aimerais aussi en faire un avec Nirek Mokar, mais c’est sûr que ça nécessite un peu d’argent pour enregistrer, et il faut trouver le temps, mettre au point quelques chansons. J’aimerais avoir ces représentations des différentes situations dans lesquelles je travaille, parce que chacune est significative ; j’aime les musiciens, et chacun a un peu un style différent. Mes prochains projets, c’est de faire des petits enregistrements avec beaucoup de différents artistes avec lesquels je suis impliqué. »
Propos recueillis par Marc Loison le 11 mai 2026
Photo d’ouverture : © Paula Morin
A écouter (disques disponibles sur Sax Gordon, Gotta Have Records & Showtime Music Management – Store) :
« Showtime! » (Continental Blue Heaven, 2012) ★★★★ Soul Bag #212
« In The Wee Small Hours » (Delmark, 2014) ★★★★ Soul Bag #214
« Rock & Roll Lives Here » (Gotta Have Records, 2018) ★★★★ Soul Bag #232
« Extreme Sax » (Gotta Have Records, 2021) ★★★★★ Soul Bag #246

