Ruben Moreno, Le zydeco fait tomber toutes les frontières
20.07.2026
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Alyssa Galvan rappelle que, malgré l’évolution de son univers musical, tout ce qu’elle écrit et joue trouve son origine dans le blues. Adolescente, c’est pourtant par le punk-rock et Iggy Pop qu’elle découvre cette musique, avant de remonter naturellement jusqu’à Muddy Waters. Parmi ses grandes influences figurent Big Mama Thornton, Sister Rosetta Tharpe et Memphis Minnie, tandis qu’elle admire aujourd’hui des artistes comme Samantha Fish. « Tout ce que je joue, tout ce que j’écris vient vraiment du blues. (…) Même si certains pensent que je m’en suis éloignée, tout ce que je fais a toujours ces racines. »
Au fil de la conversation, elle revient sur deux rencontres importantes de son parcours : Bob Margolin et Doug McLeod. Bob Margolin a participé à son dernier album et reste un mentor rencontré lors de la Fondation Pinetop Perkins à Clarksdale. Quant à Doug McLeod, il lui a transmis une philosophie qui l’accompagne encore aujourd’hui. Là où beaucoup disent d’un morceau qu’il se joue « à peu près comme ça », lui insistait pour dire qu’il se joue « exactement comme ça », une exigence qui l’a profondément marquée.
L’entretien s’attarde ensuite sur sa rencontre avec Matéo Perfetti, devenue le point de départ d’une histoire d’amour autant que d’une aventure artistique. Malgré la barrière de la langue, une connexion immédiate s’est installée entre eux, avant qu’ils ne se retrouvent lors de l’International Blues Challenge, puis en tournée en France et en Croatie. Cette relation l’a conduite à quitter les États-Unis pour s’installer dans le Sud-Ouest de la France, un choix qu’elle ne regrette pas. « Nous avons décidé de voir si nous pouvions rendre possible ce qui semblait impossible. Aujourd’hui, nous vivons ici et nous y travaillons pour notre musique. »
Pour Matéo, apprendre l’anglais a été une étape déterminante. Lors de son premier séjour à la Fondation Pinetop Perkins, il devait communiquer à l’aide de son téléphone et de Siri, ce qui constituait un véritable frein. Maîtriser l’anglais lui a depuis ouvert de nombreuses portes, tant sur le plan humain que professionnel.
Alyssa évoque également sa première rencontre avec Cécile et Greg Perfetti, les parents de Matéo, qu’elle avait admirés sur scène à l’International Blues Challenge avant même de connaître leur fils. Aujourd’hui membres de sa famille, ils représentent une source d’inspiration permanente, notamment Cécile, qu’elle considère comme une auteure-compositrice et chanteuse exceptionnelle.
Son installation en France a profondément changé sa manière d’aborder la musique. Au-delà de l’apprentissage du français, elle estime avoir gagné en maturité et en confiance. Elle explique qu’aux États-Unis, elle se préoccupait beaucoup du regard des autres, alors qu’aujourd’hui elle assume pleinement ses choix artistiques. « Je fais exactement ce que je veux, parce que je suis fière de mon travail. Peut-être que venir vivre en France était le changement dont j’avais besoin pour apprendre à me faire confiance. »
Alyssa revient aussi sur son ancien groupe américain, The Pink Amoebas. À 15 ou 16 ans, elle y jouait déjà exclusivement des compositions originales mêlant surf rock et énergie punk. Certaines de ces influences réapparaissent aujourd’hui dans sa musique actuelle.
Elle rend ensuite hommage aux musiciens qui l’accompagnent. Elle salue le talent du bassiste Pierre Cabirol qu’elle considère comme exceptionnel, souligne le rôle essentiel de Matéo dans les arrangements et les claviers, ainsi que le travail du producteur Jean-François Berger, qui enrichit les morceaux de nombreux instruments. Elle-même assure les guitares et le chant.

Son nouvel album, Faces, est né sans concept prédéfini. Les chansons se sont simplement imposées au fil du temps jusqu’à former un ensemble cohérent, le titre Faces, écrit parmi les derniers, devenant naturellement celui de l’album.
Leur méthode de travail est parfaitement complémentaire. Alyssa compose seule à la guitare acoustique, écrit les mélodies, les paroles et la structure des morceaux. Une fois la chanson terminée, Matéo s’approprie le titre et en construit tout l’habillage sonore. « Toutes les chansons partent de mes mélodies et de mes idées. Ensuite, Matéo transforme complètement le morceau grâce à ses arrangements. »
Elle présente ensuite plusieurs chansons de Faces. Radio est une déclaration d’amour adressée à Matéo et à leur rêve commun de vivre de la musique. Faces est une chanson introspective qui évoque les contradictions, les secrets et le sentiment de tourner en rond. All in the Fun met en scène, avec humour, une confrontation entre un séducteur et une « croqueuse d’hommes ». Enfin, Change est née pendant les élections américaines. Elle traduit le climat pesant qu’elle ressentait alors aux États-Unis et bénéficie, selon elle, d’un arrangement particulièrement inspiré de Matéo, nourri d’influences aussi diverses que The The ou Michael Jackson.
Enfin, Alyssa Galvan et Matéo Perfetti regardent vers l’avenir avec enthousiasme. Leur priorité est aujourd’hui de développer leur notoriété grâce aux nombreux concerts estivaux, tout en préparant déjà les prochains albums.« Nous écrivons énormément. Nous avons beaucoup de chansons en réserve et beaucoup de projets. Il se passe énormément de choses. Mais il y a encore quelques secrets que nous ne pouvons pas dévoiler. »
Propos recueillis par Marc Loison, avec la complicité de Matéo Perfetti
Photos : © Alyssa Galvan et Matéo Perfetti DR