Cinelli Brothers, L’électricité du direct
26.08.2026
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Bonjour Alex, une question évidente, comment et pourquoi un jeune espagnol tombe-t-il amoureux de la musique soul américaine et plus précisément de la soul sudiste des 60’s et 70’s ?
Quand j’avais une quinzaine d’années, mes parents écoutaient les compilations vinyles de Motown et Atlantic et je trouvais ça assez sympa, mais mes grand-frères eux écoutaient plutôt du rock, de la new-wave, même si je me rappelle qu’un de mes frères a finalement acheté une compile vinyle de ballades Soul du label Rhino et j’ai entendu alors pour la première fois Dark end of the street par James Carr. A l’occasion ensuite d’un séjour à Londres, je me suis retrouvé dans une soirée soul avec DJ’s au 100 Club et ça m’a bien plu. Mais les choses sérieuses ont débuté quand j’ai commencé à aller régulièrement avec des amis à un Soul Weekender en Angleterre qui s’appelait ʺSoul Essenceʺ, ce qui m’a alors donné l’idée de faire la même chose à Bilbao à partir de l’année 2000. On a pu booker alors des artistes comme Prince Phillip Mitchell, The Masqueraders, Swamp Dogg, Bettye LaVette, Ann Sexton, Margie Joseph ou Dan Penn, qui jouaient en Angleterre devant 3000 personnes et ici à Bilbao, on rassemblait à peu près 500 spectateurs dont beaucoup d’anglais justement, venus spécialement. Je m’intéressais alors à tout style de soul, des 60’s au 90’s, il n’y a que la Northern Soul et toute cette culture de la danse que je n’apprécie pas trop, pour moi, c’est trop répétitif, c’est ennuyeux. Et puis ce n’est pas parce qu’un disque est rare ou obscur qu’il est bon, il y a une notion de qualité à ne pas oublier, pour moi, ça ne supporte pas la comparaison avec un bon Joe Simon ou Percy Sledge !
Comment en êtes-vous venu à créer un label de réédition ?
Notre Soul Weekender à Bilbao s’appelait déjà Soul4Real et en fait lors de la venue de Prince Phillip Mitchell, j’ai assisté à ses répétitions avec le backing band, j’ai adoré et je me suis dit, on devrait enregistrer ça, je lui en ai parlé, on a trouvé un studio d’enregistrement, ça a été ensuite terminé à Muscle Shoals et la première référence du catalogue était née, S4R01, Just the beginning / Something new to do, un 45 tours 2 titres! La présentation des EPs français de Stax ou Atlantic à la fin des années 60 a d’ailleurs été une source d’inspiration et le design et la fabrication de nos 45 tours cherchent à reproduire ce style de pochettes.
Cela dit, je ne suis pas obsédé par la rareté, mais plutôt par la qualité, et c’est pourquoi je réalise des compilations, en albums cette fois, sur la seule base de mon goût et de la qualité des titres que je choisis.
Alex Subinas
Concernant les artistes et les titres choisis pour parution en album ou 45t, comment faites-vous votre choix ?
J’ai vite pris l’habitude de faire un voyage par an aux Etats-Unis avec mon ami Tats Taylor, à Memphis en particulier, et j’avais la chance d’avoir des contacts me permettant de localiser les artistes et producteurs. Je suis parti une fois tout seul et j‘ai fait six états en treize jours, Georgia, Florida, Alabama, Arkansas, Mississippi et Tennessee ! J’ai donc pu rencontrer pour le label certains de mes héros, Dan Penn bien sûr, des membres des Masqueraders aussi. De fil en aiguille, les uns me menaient à d’autres ; Millie Jackson a été une rencontre extraordinaire. Et puis j’appelle ces gens-là mes héros, mais ils sont très normaux et sympathiques, très terre à terre même si souvent ils n’ont pas été bien traités par l’industrie musicale.
Quand j’ai rencontré un membre survivant des Masqueraders, il m’a dit qu’il devait avoir quelque part une bande avec un inédit et c’est devenu la deuxième référence S4R 02 par pure chance ! Puis ça a été un inédit de Dan Penn enregistré à l’American Sound Studio toujours à Memphis. J’ai prospecté aussi du côté de chez Malaco à Jackson, Mississippi et petit à petit le catalogue s’est développé, aussi en proposant sur support vinyle LP ou EP des titres qui n’étaient parus qu’en CD. Mes clients sont bien sûr majoritairement des collectionneurs ou des DJ’s et les pressages se limitent à 500 exemplaires. Cela dit, je ne suis pas obsédé par la rareté, mais plutôt par la qualité, et c’est pourquoi je réalise des compilations, en albums cette fois, sur la seule base de mon goût et de la qualité des titres que je choisis.
Vous faites tout seul du coup ?
Oui, au départ, j’étais avec deux amis, mais leurs emplois respectifs ne leur ont pas permis de consacrer suffisamment de temps au projet, donc c’est maintenant une entreprise individuelle. J’ai la chance d‘avoir un très bon graphiste/designer à Barcelone qui réalise les pochettes et également un imprimeur qui fait un travail incroyable en réalisant le montage et collage de ces pochettes à la main après impression. Et bien sûr, j’ai aussi quelqu’un qui s’occupe du remastering et c’est très important pour obtenir le meilleur résultat à partir de certaines bandes que je récupère. Sinon il y a aussi toujours le Soul Weekender à Bilbao qui s’appelle maintenant ’’Never Too Much’’ et qui rassemble amateurs, collectionneurs et DJ’s pour un week-end.
Merci Alex, et pour conclure, qui sont du coup vos trois chanteurs de Soul préférés ?
‘James Carr bien sûr, O.V. Wright, j’aime beaucoup aussi Bobby Womack, je pense qu’il est très sous-estimé. Pour les auteurs-compositeurs, je citerais Sam Dees, George Jackson, Phillip Mitchell, Jimmy Lewis.
Propos recueillis le 17 juin 2026 par Eric Heintz
Photo d’ouverture : Alex Subinas
Autres photos : © Alex Subinas DR, sauf indiqué
Catalogue (67 références) sur https://soul4real.es








