Alyssa Galvan, rendre possible l’impossible
25.07.2026
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Mica, tu maîtrises de A à Z ta création artistique : tu composes, tu arranges, tu produits sur ton propre label, tout cela à la fois. S’agissant de la composition, est-ce au piano que te vient l’inspiration ?
Le piano est en effet mon premier instrument, sur lequel j’avais jusqu’alors l’habitude de composer mes chansons. Je ne me considère pas comme une pianiste, mais c’est peut-être parce que je suis une femme que je dis cela ! Pour mon deuxième album j’ai plutôt commencé par créer les lignes de basse, le beat, la batterie, j’ai décidé d’accorder de l’importance à la section rythmique.
Ton parcours personnel est marqué par la résilience. Pourquoi as-tu quitté Manchester pour le Sud de la France ? Y vis-tu toujours ?
Je ne vis pas en France mais j’y ai voyagé. Début 2020, j’ai subi une chirurgie de la colonne vertébrale, en plein milieu de la finalisation de mon premier album. Il m’a fallu neuf mois de convalescence [dans un corset orthopédique, à réapprendre à marcher, à chanter, ndlr]. Mon album « Heaven Knows » a rencontré un succès, j’ai beaucoup tourné ce qui était génial mais cela m’a fatiguée. Je sentais que je me perdais et dans la mesure où je portais le label par moi-même, j’étais engluée dans les aspects marketing. J’avais besoin d’un break, de me détacher quelque peu. De me prouver que mon corps, bien que non complètement rétabli, pouvait supporter une charge. Je ne savais pas si je serais capable de porter un sac à dos, de randonner, de faire du kayak… Alors ce voyage en France de quatre semaines en solitaire a été très important pour moi. D’abord en vélo électrique de Bordeaux à Saint-Emilion, de châteaux en vignobles, puis une visite à ma cousine installée à Marseille. J’ai découvert les Studios Miraval qui m’ont éblouie. J’ai retrouvé de l’espace mental. Mon énergie et ma passion créative étaient revigorées. J’ai su qu’il fallait que je revienne pour y enregistrer un disque. C’était comme si l’univers m’appelait dans le Sud de la France. Je suis de retour à Manchester, mais grâce à ce voyage j’ai senti que je me retrouvais. C’est la raison pour laquelle l’album s’appelle « A Little Bit Of Me ».
Pour l’enregistrement dans ces fameux Studios Miraval, dans le Var, comment as-tu composé ton équipe de musiciens ?
J’ai beaucoup réseauté, j’ai parlé à de nombreux musiciens. Le guitariste Charlie Hunter (qui a collaboré avec D’Angelo pour l’album « Voodoo ») m’a donné des recommandations, lorsqu’il se produisait avec le chanteur Kurt Helling en Allemagne à Leverkusen. J’ai rencontré leur batteur Marcus Finnie, que Charlie m’avait conseillé. Marcus est basé à Nashville, il est rôdé aux périodes très intenses d’enregistrement. J’avais peu de temps en studio, il me fallait des musiciens capables de jouer parfaitement. Marcus avait lui-même un bassiste de prédilection, Jay White, qui est devenu un de mes bassistes préférés avec lesquels jouer. Jay a apporté beaucoup à l’album, il m’a appris à avoir confiance dans mon écriture des parties de basse. Jouer avec des artistes d’un tel niveau élève. Jay m’a conseillé le guitariste Adam Smith. La guitare est l’instrument le plus difficile pour moi à produire : je suis capable de créer des démos, d’arriver avec le matériel en studio pour tous les musiciens sauf pour la guitare. Alors après une poignée de journées, je me suis mise à chanter la partie de guitare à Adam depuis la control room du studio, et il me répondait. C’était comme une expérience spirituelle de call and response. Quant au pianiste Daniel Weatherspoon qui a un background gospel, il m’a été recommandé par de nombreuses personnes.
Alors après une poignée de journées, je me suis mise à chanter la partie de guitare à Adam [Smith] depuis la control room du studio, et il me répondait. C’était comme une expérience spirituelle de call and response.
Mica Millar

De qui t’entoures-tu pour les tournées ?
J’ai une autre équipe pour les tournées, avec des musiciens locaux pour moi – de Londres, de Manchester, de Liverpool – qui m’accompagnent depuis mes débuts. Simon Dale (guitare) également présent sur le disque, Amber Kuti-Smith (choeur), Joe Luckin (batterie), Chris Rabbits (basse), Max O’Hara (claviers).
See you on the other side est ma chanson préférée, les paroles sont très touchantes. Sur ce titre, tu invites le trompettiste Keyon Harrold, comment s’est faite la connexion ?
J’ai assuré la première partie de Gregory Porter lors de sa série de concerts à l’été 2023 au Royal Albert Hall de Londres. Emmanuel Harrold était son batteur, nous avons sympathisé. Lors des Grammy Awards à Los Angeles, Emmanuel m’a présenté son frère Keyon Harold, trompettiste, qui jouait à la cérémonie des nommé(e)s. On a décidé de collaborer et il joue également sur un autre titre de mon album, Under my skin.
Ton père est musicien et tu as déjà eu l’occasion de dire que ce sont les jams à la maison avec ses amis musiciens autour de la table de la cuisine qui avaient éveillé ton intérêt pour l’écriture de chansons.
Mon père est un multi-instrumentiste autodidacte. Son premier instrument est la batterie. Dans la maison dans laquelle j’ai grandi, il y avait toujours des musiciens. La moitié du sous-sol était dédiée aux piles de vêtements vintage, l’autre moitié était aménagée en studio. Il m’a appris très jeune à structurer des chansons (couplet / pré-chorus /refrain). A l’âge de 8 ans, je me souviens que mon père programmait des machines, des ordinateurs, ce qui était nouveau à l’époque [Mica Millar est née en 1987, ndlr]. Il composait des instrumentaux sur l’ordinateur. Quand il quittait le studio, j’ouvrais ses instrumentaux et j’écrivais des mélodies et des paroles par-dessus. Ensuite je me suis mise à son piano, il m’a appris à en jouer. Nous maintenons une relation très proche, c’est un ange.
Tu cites parmi tes influences musicales aussi bien Joni Mitchell que Aretha Franklin et Etta James. Sur la scène britannique soul actuelle, serait-il pertinent de te qualifier de petite sœur de Alice Russell ou de Izo Fitzroy ?
Pourquoi pas mais je ne peux pas dire que je connaisse très bien leur musique, pour être honnête. Elles sont toutes deux légèrement plus âgées que moi mais pas assez pour les avoir écoutées à l’adolescence. En réalité je suis très inspirée par les artistes américaines, c’est générationnel.
Le public allemand te connait depuis 2023, tu tournes très régulièrement en Allemagne. Comment as-tu développé cette relation avec l’Allemagne ?
L’Allemagne a été le premier pays au-delà du Royaume-Uni à accueillir ma musique. Même en l’absence d’équipe de communication sur place lors de la sortie du premier album, ma musique y a tout de suite voyagé avec le streaming et les diffusions en radio. J’y ai donné un premier concert dans un Théâtre de 1500 personnes et, incroyable, c’était complet ! Le deuxième concert, au Leverkusen Jazzstage (où j’ai rencontré Marcus Finnie), a été retransmis sur WDR TV. Cela a contribué au développement « organique » de ma musique dans ce pays.
Propos recueillis par Alice Leclercq le 13 juillet 2026
A écouter : Mica Millar, ʺA Little Bit of Meʺ (Golden Hour Music) ★★★★★ Le Pied ! (Chronique ici)
Prochain concert : 22 octobre 2026, New Morning, Paris