Joël Dufour, Monsieur Ray Charles
24.09.2025
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Très jeune, il se passionne pour des artistes très divers comme successivement Jimi Hendrix, The Rolling Stones, The Beatles, Nirvana, Carlos Santana, Robert Johnson et les maîtres du Delta, qui nourrissent ses premières envies de guitare. « J’ai commencé mon premier groupe à peut-être 14 ans ; à l’époque j’étais motivé pour jouer les favoris du rock classique sur les festivals dans le nord du Michigan. » Parmi ses influences durables, il cite particulièrement Bob Dylan, qu’il considère comme un maître de l’écriture, ainsi que Ry Cooder, dont l’album Boomer’s Story a été une référence essentielle dans son apprentissage de la slide. Il évoque aussi Taj Mahal, avec qui il a eu la chance de partager la scène.
À 19 ans, il part s’installer à New Orleans, une ville qui marquera profondément sa vie. Arrivé dans des circonstances chaotiques — voiture volée, sans guitare ni logement — il se retrouve plongé dans une ville où la musique semble vivre à chaque coin de rue. Pendant quinze ans, il y développe son jeu, sa voix et son identité artistique, multipliant les concerts, les collaborations et les expériences, entre jazz Dixieland, blues et slide guitar. Pour lui, cette immersion totale a été une école de vie autant qu’une école de musique.
« J’ai pu faire beaucoup d’erreurs et mémoriser beaucoup de chansons, et avoir beaucoup d’expérience en jouant, chantant, et me produisant en concert. C’est vraiment une opportunité de passer quinze ans de ta vie complètement entouré et concentré sur la musique ! Ça m’a vraiment impacté par la quantité d’heures que j’ai pu passer à y faire de la musique. Je ne pense pas que je voudrais retourner vivre à la nouvelle-Orléans, mais je ne changerais cela pour rien au monde ».
Aujourd’hui installé dans le nord de l’Espagne, son quotidien est très différent, plus solitaire, plus calme, loin de l’agitation permanente de New Orleans. Cette nouvelle vie lui offre un autre espace créatif, nourri par la nature, le silence et l’introspection. « Je vis dans un pays où je ne suis pas entouré par des musiciens et des clubs en permanence. Je prends l’avion pour aller à des festivals, pour jouer de la musique. Je suis isolé dans le pays ».
C’est dans cet état d’esprit qu’il compose désormais, sans chercher à « forcer » les chansons. Pour lui, une idée peut naître d’un riff, d’une image ou d’une pensée. L’essentiel est de rester ouvert et disponible à l’inspiration. « Je ne m’arrête pas à croire que les paroles doivent venir en premier, ou que la musique doit venir d’abord. Je suis complètement flexible et ouvert à ce que la muse me guide et me suive en tant que serviteur ».

Musicalement, Luke se définit avant tout comme enraciné dans le blues et la folk américaine, tout en laissant entrer naturellement d’autres textures sonores. Son approche consiste à absorber ce qui l’entoure sans intellectualiser à l’excès, afin de laisser émerger une musique sincère et organique. « Avoir ces pré-requis en musique folk américaine et en blues dans mon histoire m’aide à trouver un chemin bien « pavé » vers la création d’une musique authentique ».
Avec neuf albums derrière lui, il affirme ne pas craindre l’évolution personnelle. Au contraire, il considère que la musique doit refléter l’abondance et la diversité de la vie. En studio, il privilégie la spontanéité, mais rappelle qu’elle ne peut exister qu’à condition d’être solidement préparé techniquement. La maîtrise doit être acquise avant l’enregistrement, afin de rester libre de transformer la musique sur l’instant. « La qualité technique vient de l’exercice et de l’expérience, mais je dirais que quand tu es en studio, tu dois déjà avoir ça dans ta poche ».
Sa relation avec Roberto Luti occupe une place particulière dans son parcours. Les deux musiciens se sont rencontrés dans les rues de New Orleans dès 2002 et ont développé, au fil de plus de vingt ans de collaboration, une forme de langage musical instinctif, presque télépathique. Cette complicité constitue aujourd’hui le cœur de son travail collectif. « Je pense que nous avons maintenant notre langage propre, non verbal. Quand nous sommes sur scène, nous n’avons pas vraiment besoin de nous regarder, de nous faire un signe ou de dire « OK, allons jusqu’au pont » Nous sommes en mesure de parler à travers notre musique et de communiquer dans une langue presque secrète que nous deux pouvons comprendre. Cela a une valeur en soi ».
« Si la musique fait flotter votre bateau, alors allez-y ! »
Luke Winslow-King
Son nouvel album, “Coast of Light”, est directement inspiré par la côte andalouse, la « Costa de la Luz ». Il décrit cet album comme une collection de souvenirs et d’impressions, presque une peinture impressionniste faite de fragments qui, mis ensemble, forment une expérience globale. Plus atmosphérique et cinématographique que ses précédents disques, il incarne une nouvelle étape dans son exploration sonore. « J’encourage les gens à aller voir cette « Coast of light » par eux-mêmes. C’est un endroit magique. J’étais juste là à un moment où j’étais prêt à vivre une profonde expérience, ça m’a touché, ça m’a éveillé de l’intérieur, et j’ai entamé un nouveau chapitre dans la vie que je n’avais jamais imaginé. C’est un endroit qui a vraiment touché mon cœur et qui m’a exposé à un flux créatif, et les chansons sont sorties naturellement ».
Concernant son avenir, Luke se voit désormais partagé entre l’Europe, où il est résident potentiellement permanent, et les États-Unis, où il garde un ancrage dans le Michigan. Il poursuit actuellement la tournée Coast of Light entre l’Europe et l’Amérique, tout en multipliant les collaborations, notamment avec l’artiste hongrois Ripoff Raskolnikov et le bluesman Little Freddie King.
Au fond, sa philosophie reste simple : ne pas chercher à tout contrôler, mais vivre pleinement la musique comme une manière de se découvrir, de créer et de voyager intérieurement. Pour lui, la musique reste avant tout un véhicule vers quelque chose de plus grand. Son message est à la fois clair et onirique :
« Si la musique fait flotter votre bateau, alors allez-y ! Si vous voulez faire de la musique ou que vous appréciez juste de l’écouter, c’est une belle façon de se découvrir soi-même, de se détendre, d’être créatif et d’explorer ce beau monde dans lequel nous vivons. J’espère que vous appréciez la musique et que vous allez l’utiliser comme véhicule pour aller où vous voulez aller ».
Propos recueillis par Marc Loison le 27 mai 2026
Photo ouverture : © Jason Kruppas DR
Lire notre chronique de « Coast Of Light »