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Live reports / 06.02.2024

Robert Finley + Nat Myers, La Rodia, Besançon

24 janvier 2024.

Amusant paradoxe que de venir voir dans une Scène de musiques actuelles (SMAC en jargon administratif) deux artistes dont les démarches sont largement ancrées dans des traditions musicales de la première moitié du siècle dernier ! Belle idée d’ailleurs que cette décentralisation, maintenant installée, du festival des Nuits de L’Alligator dans des villes et salles de province, au-delà de La Maroquinerie à Paris. La Rodia à Besançon, un des équipements les plus performants du genre en France, accueillait ainsi Nat Myers et Robert Finley pour une soirée affichant complet, soit près de 350 spectateurs. 

C’est le jeune Nat Myers qui ouvre le bal avec son country blues en solo et donc sa guitare à résonateur pour seul accompagnement de vocaux plutôt bien posés et façonnés par son expérience dans les rues new-yorkaises. Alors, bien sûr, on entend du Charley Patton chez cet homme-là, qui reprend du Memphis Minnie ou du Furry Lewis, mais ce sont ses propres compos et textes qu’il interprète surtout avec une conviction et une décontraction bluffante, nous parlant de choses simples, sa copine, ses amis, mais aussi de questions contemporaines éventuellement plus graves. Nat Myers est finalement charmant, plein d’insouciance, et musicalement il maîtrise parfaitement l’idiome choisi de ce Delta blues ancestral, emportant donc l’adhésion d’une salle qui se prend même à taper dans ses mains pour soutenir ce jeune inconnu.

Nat Myers

Deuxième épisode de la tournée française de Robert Finley après les dates de l’automne 2023 et notre homme poursuit sa croisade pour convertir toujours plus d’auditeurs à son soul blues rustique, maintenant largement imprégné de rock sous l’influence évidente de son mentor et producteur actuel Dan Auerbach. Le répertoire est évidemment axé sur des titres des deux derniers albums (“Sharecropper’s Son” et “Black Bayou”) et on retrouve derrière Robert The Sierra Band, le trio anglais vu avec lui en fin d’année dernière. On prend d’ailleurs un peu peur sur les trois premiers morceaux, problème sûrement de balance, mais la basse ronflante et la batterie appuyée viennent noyer la voix du chanteur. 

Heureusement les choses se rééquilibrent à partir du titre suivant et Robert Finley déroule son répertoire, histoires de femmes bien sûr avec Medicine woman, You got it (And I need it) ou Miss Kitty, conseils avisés avec Get it while you can et vignettes nostalgiques de la vie dans le bayou, avec en rappel son désormais classique Alligator bait. Sa fille Christy Johnson nous gratifie avec un certain talent de ses deux titres habituels, un medley Etta James-Chris Stapleton (I’d rather go blind/Tennessee whiskey) suivi du Clean-up woman de Betty Wright, et on pourrait d’ailleurs lui suggérer pour la prochaine tournée de choisir deux autres classiques pour varier un peu. 

Robert Finley

Le rappel ardemment demandé confirme qu’une fois de plus Robert Finley a, de façon méritée, conquis son public, grâce entre autres à son enthousiasme contagieux, et sûrement aidé par une mise en musique résolument rock de son répertoire, le “black bayou” louisianais étant plus présent par les textes que par le réputé “swampy groove” local. Intéressant donc de voir à court et moyen termes ce que Dan Auerbach a prévu après trois albums à succès dont la recette devra peut-être évoluer.

Texte : Éric Heintz
Photos © Bernard Szarzynski

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