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Live report / 26.07.2018

Nice Jazz Festival (Part. 1)

Serait-ce la pluie qui menaçait à nouveau le ciel de Nice ? La même qui avait mis à l’eau la soirée d’ouverture mardi ? Ou bien simplement la furieuse envie d’en découdre ? Toujours est-il qu’Eric Legnini est arrivé ce soir-là, le dernier du festival, au pas de charge. Bien lacé dans ses baskets rouges, tapant du poing entre ses mains expertes pour venir défendre, tel un boxeur montant sur le ring du Théâtre de Verdure, son dernier combat musical : celui de remettre à l’honneur le répertoire avant-gardiste de Les McCann, pianiste catégorie poids-lourds. Un autodidacte qui avait compris avant tout le monde, c’est-à-dire dans les années 60, que le jazz et la soul ne faisaient et ne feraient qu’un.

 


Eric Legnini

 

 

 

Une évidence pour Legnini, disciple de Herbie Hancock, lui-même habile mélangeur, qui dans un format quintet aux têtes bien faites (lui au piano, Ali Jackson à la batterie, Thomas Bramerie à la contrebasse, Jon Boutellier au saxophone et Malo Mazurié à la trompette) a pu bastonner de son audace d’interprète des thèmes habilement écrits, avec comme première exigence, la puissance de la mélodie. Tellement puissante qu’elle empêchera, on se demande encore comment, la pluie de tomber.

 

 

 

 

 

À quelques mètres de là, il aura fallu zigzaguer entre plusieurs paires de jambes fatiguées, résister aux odeurs de Socca, pour filer scène Masséna et constater que la soul pouvait aussi s’acoquiner avec des notes d’harmonica, le tout dans une ambiance très far-west américain. Chapeaux de cow-boy pour les uns, tatouages pour tous. Sans doute une énigme musicale pour certains spectateurs venus oublier leur tristesse après l’annulation du concert de Rag’n’Bone Man (victime d’une infection pulmonaire la veille, il sera remplacé par la chanteuse LP), Nathaniel Rateliff a plus que convaincu dans le rôle peu évident de première partie.

 


Nathaniel Rateliff and the Night Sweats

 

 

 

Avec comme carte de visite, les titres majeurs de son dernier album “Tearing At The Seams”, signé chez Stax Records et joué avec son furieux groupe The Night Sweats. Quelque part entre la rage d’Otis Redding et l’écriture de Springsteen trempée dans quelques eaux de vie qui en écourteraient plus d’une. Même s’il a rangé (définitivement ?) les bouteilles, le chanteur-compositeur de Denver doit encore se désintoxiquer l’âme, qu’il soigne à grands coups de gospel, de folk, de rock, de blues et de country. Qui a dit qu’il fallait éviter les mélanges ? À consommer sans modération (pour cette fois).

Mathieu Bellisario
Photos © Anna Carbonnel