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Live reports / 25.09.2019

Let’s Get Together, spécial Aretha Franklin, New Morning, Paris

19 septembre 2019.

Neuf jours après l’imposant “Respect To Aretha” de Jazz à la Villette, Paris accueillait un autre hommage à la Queen of Soul, cette fois au New Morning, sans vedettes internationales mais avec une cohésion toute autre. Car si le défilé de pointures comme Bettye LaVette, José James et Alice Russell a donné lieu à quelques beaux moments, la soirée festivalière a manifestement pâti de son aspect décousu (cf. live report). Pas de tâtonnement ce jeudi soir dans l’antre de la rue des Petites-Écuries. Salle comble devant scène comble : la clique de Lisa Spada débarque à quinze et fait feu sans sommation. Un Respect sur les chapeaux de roue, propulsé par un band souple et funky muni d’un trio de soufflants en alerte et dynamité par un festival vocal initié par Spada d’emblée soutenue, relancée, exaltée par le renfort de pas moins de six voix éminemment complices. Ou comment prendre de plein fouet l’esprit des bien nommées soirées Let’s Get Together. 

Ça fait dix ans que la chanteuse parisienne concrétise une volonté de réunir des talents, des ami(e)s pour célébrer la soul music. Et on sait pourquoi le public répond présent. Les deux sets bien ficelés de cette édition “spéciale Aretha” illustrent la haute dose de bonheur partagé – à la fois sur scène et dans la salle – dès lors qu’il s’agit d’incarner passionnément un grand répertoire. Un tel élan commun provoque des étincelles. Et la succession de lead au gré des morceaux permet une jolie dynamique tout en laissant s’exprimer des personnalités bien trempées. Nesrine Ghalmi mène Love the one you’re with avec un bel aplomb, Ann Shirley prend le temps de déployer les chatoiements de son timbre sur un Bridge over trouble water saisissant, avant d’échanger en apesanteur avec Lisa sur Day dreaming, avant que Crystal Petit et ses fines modulations dans les aigus s’emparent de Baby I love you

Et puis Nesrine reprend les rênes le temps de communier avec la salle grâce à A natural woman, joliment enchaîné via les éclats blues de la six-cordes de Laurent Avenard à un I never loved a man habité par Lisa dont la ferveur en gospel trempé en fait ce soir la vocaliste la plus proche d’Aretha. Et puis l’électrique Kissia San rejoint Nesrine Ghalmi pour un Chains of fool survolté avant qu’Agyei Osei ramène tout le monde au blues à travers un Night time is the right time bien appuyé. 

Ann Shirley, Lisa Spada, Kissia San, Crystal Petit Night
Kissia San, Nesrine Ghalmi
Ann Shirley
Lisa Spada, Crystal Petit
Crystal Petit
Agyei Osei

Le second set élève l’intensité encore d’un cran. C’est ce qui arrive quand on embraye sur l’imparable funk de Rock steady et que I can’t turn you loose lui emboîte le pas. Agyei et Nesrine tempèreront en dialoguant sur le bijou Motown You’re all I need to get by. Crystal Petit se faufile ensuite gracieusement dans le merveilleux Until you come back to me avant que Think s’invite d’abord en mode deep funk laidback et explose emporté par la furia de Kissia. Karl The Voice prend sereinement le relai en menant un Come back baby à bon port, celui d’un R&B staxien, pimpant et lumineux comme ce qu’en avait fait la reine sur son album “Lady Soul”. Et voilà Lisa qui fait basculer le New Morning dans l’église avec un How I got over habilement fondu dans un non moins intense Spirit in the dark

Outre les qualités intrinsèques de chacun des quinze musiciens présents sur scène (le tandem de claviers formé par Damien Cornélis et Corentin Pujol offre un beau matelas soulful), la réussite de cette belle initiative réside bien dans cette copieuse dose de plaisir complice qui irradie sans cesse la prestation, d’un Juan Rozoff qui tient la baraque tout sourire en appuyant sur sa basse à l’impressionnant travail de chœur fourni en permanence par un septette vocal porté sur le collectif. Du coup on aurait bien vu débouler un Jump to it ou un Get it right (de la brève mais exquise “période Luther Vandross” d’Aretha), qui aurait assurément fait un malheur. Mais un Reach out and touch s’impose comme une évidence tant il symbolise l’état d’esprit d’un rendez-vous à émotions fortes. Reviennent alors en tête les images du film Amazing Grace, celles d’une communion intense qui nous plonge ensemble dans l’instant présent. Et dont on se souvient durablement. 

Lisa Spada, Karl The Voice, Ann Shirley, Crystal Petit
David Lamy 
Ann Shirley
Kissia San, Nesrine Ghalmi
Agyei Osei, Karl The Voice, Lisa Spada

Texte : Nicolas Teurnier
Photos © Cindy Voitus

Line-up :
Lisa Spada, Crystal Petit, Kissia San, Ann Shirley, Nesrine Ghalmi, Karl The Voice, Agyei Osei (chant), Gilles Garin (trompette), Hamza Touré (saxophone ténor), Yann Jankielewicz (saxophone baryton), Damien Cornélis (clavier), Corentin Pujol (clavier), Laurent Avenard (guitare), Juan Rozoff (basse), David Lamy (batterie).

Setlist :
Respect
Love the one you’re with
Bridge over trouble water
Day Dreaming
(You make me feel like) A natural woman
I never loved a man (The way I love you)
Chains of fool
Night time is the right time


Rocksteady
I can’t turn you loose
You’re all I need to get by
Until you come back to me (That’s what I’m gonna do)
Think
Come back baby
How I got over
Spirit in the dark
Reach out and touch (Somebody’s hand)
Respect

Agyei OseiAnn ShirleyAretha FranklinCindy VoitusCorentin PujolCrystal Petit-NightDamien CornélisDavid LamyGilles GarinHamza TouréJuan RozoffKarl The VoiceKissia SanLaurent AvenardLet's Get TogetherLisa SpadaNesrine GhalmiNew MorningNicolas TeurnierYann Jankielewicz