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Live reports / 14.04.2015

John Scofield & Jon Cleary

Jon inspire John. Et vice versa. Si “Piety Street”, l'album qu'ils ont publié ensemble en 2009 en est une belle preuve, les entendre réunis en tête-à-tête sur scène décuple l'effet galvanisant de leur alliance. Un micro, six cordes et des ivoires : pas de groupe au menu ce soir, mais une attention focalisée sur un dialogue d'une intensité remarquable ; dialogue dont les protagonistes ont la bonne idée d'étendre le champ bien au-delà de l'ossature gospel du disque précité. À des pièces d'inspiration divine comme That's enough et Walk with me s'ajoute tout un panel de saveurs propres à La Nouvelle-Orléans, du blues ras de terre à la ballade au charme suranné, en passant par du rhythm and blues pétillant et du funk poisseux. Le tout finement chanté par un Cleary en grande forme. Et puis quand le tandem pioche un titre en dehors de Big Easy, l'ancien élève de James Booker a tôt fait de l'y rattacher en le trempant dans son clavier bigarré. Ce sera le cas notamment d'un Fever servi chaud bouillant, pimenté à coups de relances haletantes. Dans une mise à nu torride, People say des Meters se charge ensuite de conclure magistralement le premier set.

 


Jon Cleary

 


John Scofield

 

La seconde partie ne décolle pas autant – peut-être à cause d'une large place accordée aux ballades –, mais elle permet de goûter à nouveau au plaisir contagieux qui se lit sur le visage et sur le manche de Scofield. Bouche ouverte pour accompagner des notes qu'il va chercher avec passion, le guitariste incisif fait honneur à sa réputation. Phrasés tortueux, ancrage blues permanent, fulgurances jazz et florilège de torsions dispensées par une main gauche qui ne cesse de malaxer le son. Cette richesse de vocabulaire, Scofield la met au service des chansons, en épousant la mélodie ou en densifiant la rythmique, avec, bien sûr, sa propension à faire vaciller un court instant la progression d'une mesure avant de retomber sur les notes qui font mouche. En face, l'aplomb et la décontraction groovy de Cleary alimentent une complémentarité jouissive.

 


John Scofield

 


Jon Cleary

 

Devant une telle réussite, on se dit qu'une partie du nombreux public venu entendre John a dû repartir avec l'envie d'en savoir plus sur Jon. Sachez qu'il revient en France en octobre, à la tête de son trio, un nouvel album sous le bras.

Nicolas Teurnier
Photos © Stella-K