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Live reports / 02.08.2019

MNOP Gran Circus, Boulazac

20 juillet 2019.

Au cours de ses 19 ans d’existence, le festival MNOP (pour Musiques de La Nouvelle-Orléans en Périgord) aura expérimenté bien des formules au gré des opportunités, des contraintes et des envies. Il a connu ses soirées de prestige dans le cadre du parc Gamenson au centre de Périgueux, avant de tester la grande salle du Palio à Boulazac, puis d’opter depuis quelques années pour le MNOP Tour, tournée à géométrie variable portant la bonne musique dans les villages et les cités de Dordogne. 

Cette année vingt-deux lieux ont accueilli des dizaines d’artistes, notamment la résurrection des Crawfishmen, Shaye Cohn et Tuba Skinny, Curtis Salgado, Kid Chocolate Brown, les Flyin’ Saucerts et quelques autres. MNOP garde le cap : la musique de New Orleans et quelques pas du côté des racines blues ou africaines. Une intégrité qui force le respect à l’heure où tant de festivals “retournent leur veste”.

Quelques points d’orgue ponctuaient le Tour de cette année, comme ce concert de Curtis Salgado dans l’église de Bergerac, en hommage à Dorothy Love Coates (qu’on s’en veut d’avoir manqué) ou la MNOP Réunion de Sorges (Section Rythmique Trio + Thierry Ollé + Patrick Artèro + Meschiya Lake + George Washingmachine + Aurelie Tropez + Iep Arruti + Kid Chocolate Brown). En revanche, nous étions bien là pour la MNOP Gran Circus à Boulazac.

La scène en plein air est adossée au Cube de l’école du cirque, dans la plaine de Lamoura, un bien bel endroit. Le président-programmateur de MNOP – l’irremplaçable Stéphane Colin – fait les présentations. À commencer par Dom Pipkin, un pianiste londonien féru de New Orleans, à l’instar de son compatriote Jon Cleary, et célèbre pour avoir participé à un album de Morcheeba. Il ouvre avec Iko iko avant d’emprunter à Fats Domino, Huey Piano Smith ou Eddie Bo. Il connaît ses classiques, les joue avec aisance, dommage que ça coince au niveau du chant, d’une justesse toute approximative… Alors, c’est quand il rend hommage à James Booker avec l’instrumental Pixie, qu’on l’apprécie vraiment !

L’audacieux pari de Muddy Gurdy ne pouvait que susciter l’intérêt de Stéphane Colin. La greffe réussie entre blues originel et écho du terroir averno-berrichon (!) à travers la vielle à roue est en effet une gageure qui ne peut laisser indifférent. D’autant que les trois instigateurs du projet (Marco Glomeau, perc ; Tia Gouttebel, g & vo ; Gilles Chabenat, vielle) réussissent à recréer la magie du disque même loin du Mississippi et de ses garants d’authenticité, Cedric Burnside, Cameron Kimbrough, Pat Thomas et Shardé Thomas. Cette dernière était venue rejoindre le groupe pour quelques concerts l’hiver dernier, notamment à Grande-Synthe. Cette fois, et pour trois concerts en Périgord, c’est Kenny Brown qui apportait sa caution. Même s’il n’a pas participé directement à l’album, la légitimité de celui que R.L. Burnside considérait comme son fils adoptif ne fait pas débat. On regrette même sa présence trop éphémère sur scène où sa nonchalance sudiste et sa slide affûtée font merveille. Dans l’article que la Dordogne Libre leur consacre, Marc Glomeau promet un prolongement en itinérance au cœur de la région Auvergne. La cabrette sera-t-elle le prochain instrument ressuscité ?

Dom Pipkin
Muddy Gurdy avec Kenny Brown
Kenny Brown

Autre prise de risque, autre pari gagné : celui d’intégrer une fanfare béninoise à cette fête des musiques néo-orléanaises. Il faut dire que Gangbé Brass Band s’est imposé en 25 ans de carrière comme la fanfare africaine de référence, mêlant jazz, vaudou et afrobeat, ce qui lui a valu de se produire partout dans le monde, y compris au New Orleans Jazz & Heritage Festival. De plus, son prochain album, en cours d’élaboration, se nommera “New Orleans Dream”. Aussi impressionnants individuellement que collectivement, les membres de Gangbé maîtrisent aussi bien les ensembles instrumentaux que vocaux. Le néophyte que je suis a été vite accroché par l’originalité de leur approche, leur implication, leur complicité. L’influence louisianaise est perceptible dans certaines compos et même dans leur reprise inspirée de Petite fleur ! Durant trois titres, ils ont reçu le renfort de Sulaiman Hakim, accompagnateur dix ans durant de Luther Alllison, au jeu de sax alto bien découpé mais aussi bon chanteur et percussionniste. 

Toujours à l’affût de nouveaux projets, de nouvelles sonorités, de nouvelles associations, MNOP mérite l’attention, d’autant que le 20e anniversaire pourrait réserver quelques surprises.

Texte : Jacques Périn
Photos © Fabrice Della-Muta
Photo d’ouverture et photos ci-dessus : Gangbé Brass Band

Dom PipkinFabrice Della-MutaGangbé Brass BandJacques PérinKenny BrownMNOPMuddy GurdyStéphane Colin