Chicago Blues Summer Tour
13.08.2026
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Lu Lu’s Ballroom, San Diego, Californie
14 juin 2026
Qui et où joue-t-on un style qui nous intéresserait ? Plongeons dans les pages virtuelles du « Reader » régional. Bingo ! Le Taryn Donath trio, comprenant Laura Chavez se produit au « Lu Lu’s Ballroom » le dimanche à partir de 19h, une salle située sous le Lafayette Hotel dans El Cajon boulevard, un peu l’équivalent du Sunset blvd de Los Angeles heureusement en moins long. Arrêt de bus en face. Le choc dans ce quartier sans grâce ! Conçu comme une demeure coloniale, vous franchissez un espace-temps qui vous téléporte dans un film hollywoodien des années trente-quarante ! Avec un Diner’s 50’s adjacent au large hall d’entrée tout en marbre, faïences bleu hispanique et déco art nouveau rococo-kitsch à lourdes tentures. En contrebas, une piscine pour stars et chambres – cabines de luxe : atmosphère décontractée chic à la Gatsby le Magnifique. Des affiches encadrées rappellent les grandes heures du lieu : Bo Diddley, Nina Simone, quatre grands ténors de jazz en session(!) au même programme… C’est comme si vous accueilliez tout le festival de Nice le même soir ! La salle de bal ? Elle se situe effectivement sous l’ensemble avec entrée séparée. Nous la franchissons dès 18h.
Nouvelle surprise agréable : le concert dominical, sorte d’apéro dansant, est gratuit, sans majoration des boissons ni obligation de consommer. Deuxième choc : bas de plafond et pénombre sexy, le ballroom ressemble à une sorte de gâteau à la crème en stuc, colonnades gréco- romaines comprises. Devant nous, Laura Chavez se branche sur la petite scène décorée d’un soleil levant en totale brillance dorée. Les capteurs de mon appareil photo s’affolent sur toutes les positions tant les cellules ne savent que mesurer. Au centre la batterie ; à droite, le clavier électrique branché de la leader. Comme il se doit dans un lieu sophistiqué, les tenues sont en harmonie. Taryn Donath, qui nous avait déjà scotchés lors d’une de nos Legendary R&B Cruise où elle arborait un look 100% années 50 jusqu’aux lunettes s’affichait ici en gravure de mode alanguie « les folles années vingt » avec japonaiseries flottantes sur son corps tatoué comme un samouraï. Même Chavez portait un sobre chemisier élégant et des bottillons rouge pimpant. Seul le batteur restait en demi-teinte.
Nous nous saluons et notre guitariste à la Strato usée et pelée de me rassurer quant au style « pas trop jazz » sachant que le trio joue en mode instrumental. « T’inquiète, je suis là pour apporter ma touche R&B ; tu verras, ça va décoller. » Le Lu Lu’s se remplit. 19h. Le plancher accueille ses premiers Fred Astaire- Ginger Rogers sur un mid-tempo battu brossé, les fins doigts de Taryn virevoltant sur le clavier tout en séparant les basses des aigües. Chavez, en accords T-Bone Walker souligne, avant de se lancer dans des solos aériens comme je ne l’avais jamais entendue en faire. La tension, absente auparavant, monte à présent : les danseurs sautent, pirouettent, le batteur, toujours aussi cool mais attentif, chasse maintenant au balais-baguette, nuance ses 2 « cheffes » et marque la finale à coups de cymbales-kick grosse caisse et charleston vibrante. Wouah !
C’est parti pour deux sets à la « Swing Time 1936 » revisité jordanien, taillé sur mesure pour les jivers qui s’en donnent à cœur joie. Et le plaisir de redécouvrir ici un style de piano fluide et enjoué- « édulcoré » disaient les jazzeux faisant la fine bouche – popularisé par Ramsey Lewis (1935-2022) sur Argo/Chess grâce à son énorme succès de 1965 : « The In Crowd », version instrumentale d’un R&B-soul un peu Motown chanté par Dobie Gray. Un peu Bill Black’s Combo jazzy. Donat adore.
Durant la courte pause, je lui suggère un boogie woogie. Au retour, le trio l’annonce et se lance alors dans une interprétation vibrionnante du classique fondateur de Pinetop Smith dont je n’en reconnaitrai que les stop times structurels. Je crois déceler un clin d’œil de Chavez qui une fois de plus y ajoute des solos virevoltants et bluffants mais toujours bleutés. Quelle belle soirée !
Texte et photos : André Hobus


