Skyler Saufley, The Blues With Real People
24.09.2026
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De passage à Nantes pour les Rendez-Vous de l’Erdre, nous le rencontrons à un concert dans la ville partenaire de la Chevalleraie, au lieu dit « Le Petit Bois » en bordure du canal de Nantes à Brest.
Tu es né en 1995 en Virginie, et tu as grandi à Phenix dans l’Alabama. Comment as-tu découvert le rock & roll et le blues ?
J’avais douze ans, mes parents n’étaient pas très versés dans la musique, Maman écoutait du gospel, Papa de la country, et je n’aimais pas vraiment ça. J’ai un frère, mais il ne fait pas de musique non plus. Un ami m’a fait écouter Muddy Waters et je me suis dit que c’était ce que je voulais faire. Je me suis trouvé une guitare et j’ai commencé à jouer tout seul.
Tu es le renégat de la famille alors ?
Oui, c’est ça !
Tu as appris la guitare par toi-même ?
En écoutant les disques et jouant par-dessus. J’y passais des heures, à jouer sur les disques, puis à sortir pour aller écouter des gens qui jouaient ce type de musique mieux que moi. Et aujourd’hui encore, c’est comme ça que je continue à apprendre, en regardant les autres.
Comment as-tu eu ta première guitare ?
Quand j’ai dit à mes parents que je voulais apprendre à en jouer, ils m’ont dit qu’ils m’emmèneraient en acheter une mais ils ne l’ont jamais fait. J’en ai eu assez d’attendre donc j’ai économisé et j’avais aussi un bon d’achat, j’ai acheté une guitare jouet à 20 $ et je m’y suis mis. Quand mes parents ont vu que je m’y consacrais vraiment, ils ont fini par m’acheter une vraie guitare. Elle n’était pas bonne mais ça me suffisait.

Quand as-tu commencé à vraiment jouer avec d’autres musiciens ?
J’ai commencé à jouer à douze ans et je sortais pour essayer de jouer avec d’autres. J’ai fait mon premier gig payé à quinze ans, et je joue à plein temps depuis.
C’était légal ?
Non. Il fallait que j’entre en douce dans les clubs, je n’avais pas l’âge légal, ou avec la permission du propriétaire, sans m’attirer d’ennuis. Je sortais tout le temps, et je jouais avec les groupes que je voyais. La plupart était inconnus, mais il y en avait plein de bons. Il y avait un club à Atlanta, le Blind Willie’s, qui existe toujours et qui, pour moi, reste mon lieu favori. Quand j’avais 16 ou 17 ans, je conduisais deux heures pour y aller, essayer d’y entrer, et voir les concerts de blues qui y étaient organisés. C’est comme ça que j’ai vraiment appris, en regardant les groupes qui passaient là et comment ils géraient leur show.
De qui te souviens-tu ?
C’était Luther Houserocker Johnson[1], qui faisait plein de trucs à la Jimmy Reed, j’aimais ça.
Sur scène, tu joues beaucoup de T-Bone Walker, Big Joe Turner, Jimmy Reed, Guitar Slim, des artistes d’il y a 50 ou 60 ans, qu’est-ce qui t’attire chez eux ?
Ils ont quelquechose de spécial, ils sont authentiques, différents, chacun a sa propre approche, donc ce n’est jamais ennuyeux. Jimmy Reed joue et chante totalement différemment de Guitar Slim ou Pee Wee Crayton ou Muddy Waters. Tu écoutes et tu entends leurs styles, et ce n’est jamais démodé car c’est toujours excitant.
Qu’est-ce que ça peut signifier de jouer ce type de blues aujourd’hui ?
Pour moi, c’est un honneur et un privilège d’être capable de jouer ce type de musique. C’est spécial. Pour moi, la musique blues est la meilleure chose que l’Amérique a donnée au monde. Avec tous les jeunes gars qui apparaissent et qui jouent ça, il y en plein de bons, c’est cool d’en faire partie, parce que beaucoup d’anciens sont morts, et il faut des jeunes pour continuer de jouer.
Il y a effectivement toute une génération de jeunes artistes de blues, afro-américains ou blancs, garçons ou filles.
Beaucoup de jeunes sont fatigués de la musique qu’on leur impose, à la radio, à la télévision. Nous sommes juste attirés par des musiques plus brutes, que ce soit du blues ou un autre style, des musiques plus authentiques, avec de vrais gens qui jouent ensemble.

Sur ton site internet, on peut lire que tu as un disque en préparation.
Le disque est presque prêt et devrait sortir bientôt, même si je ne connais pas encore la date exacte de sortie, probablement avant la fin de l’année. Je l’ai enregistré chez moi avec mes musiciens, mais je vais aussi enregistrer des parties de piano avec Anita[2] pour quelques morceaux.
Y aura-t-il des compositions originales ?
Non, pour un premier disque, il n’y aura que des reprises, Lowell Fulson, Pee Wee Crayton, et d’autres, avec des cuivres.
Tu as joué un morceau de Pee Wee Crayton ce matin.
Oui, et, tu as vu, j’ai une Stratocaster rouge, comme Pee Wee !
Qui sont tes musiciens sur le disque ?
Ce sont mes musiciens de tournées aux Etats-Unis. Pete Maier à la batterie, il est fantastique, Josh Minucci à la contrebasse, et il y aura des instruments à vent.

Comment as-tu rencontré Denis Agenet et le reste du groupe qui t’accompagne ?
Il y a trois ou quatre ans, un promoteur est venu me voir jouer au Blind Willie’s à Atlanta et il a dit qu’il voulait me programmer à son festival en France[3]. Je n’étais jamais sorti des Etats-Unis et je voulais y aller. Mais je suis resté un an sans nouvelles et je me suis dit que ça ne se ferait pas. Et juste à ce moment-là, je reçois un mail et il me dit qu’il veut que je vienne, mais que je devrai jouer avec un groupe local. Au début, je ne veux pas de ça, je veux y aller avec mon propre groupe. Il m’a envoyé une vidéo avec Denis et les autres, et ils étaient tellement bons ! J’ai dit « ok, je viens et je joue avec eux ». Denis Agenet venait de créer son agence Mojo Wax et il a commencé à trouver des engagements.
Quels sont tes projets ?
Continuer à jouer, composer mes propres morceaux, jouer et voyager aussi longtemps que possible. Après ce weekend, je rentre aux Etats-Unis où j’ai des engagements jusqu’en fin d’année.
Nous interrompons là l’entretien car un orage s’est abattu sur le site, la feuille de notes est en lambeaux, l’enregistreur prend l’eau et Skyler doit se mettre à l’abri au sec pour ne pas risquer de prendre froid.
Propos recueillis par Christophe Mourot le 26 août
Photo d’ouverture : Anita Fabiani, Denis Agenet, Skyler Saufley, Lucerne, 2025 © Brigitte Charvolin
Lire le Live Report des Rendez-Vous de l’Erdre 2026 avec Skyler Saufley

[1] Luther Houserocker Johnson, à ne pas confondre avec Luther ʺSnake Boyʺ ou ʺGeorgia Boyʺ Johnson, et Luther ʺGuitar Juniorʺ Johnson, né en 1939 et décédé en 2019, était un bluesman de Georgie, au répertoire marqué par Jimmy Reed et le blues sudiste. Il a publié deux albums sur Ichiban en 1990 et 1991.
[2] Anita Fabiani, qui accompagne Skyler lors de ses tournées en France.
[3] Terri’Thouars Blues.