Bobby Rush, « Si tu n’aimes pas le blues, tu n’aimes probablement pas ta mère ! »
15.09.2026
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Né « il y a longtemps », selon ses propres mots, à Arras dans le Pas de Calais, Thom ne veut pas s’enfermer dans une case, et préfère parler de mélange, non seulement de musiques et d’influences mais aussi d’images, animées ou non.
Qu’est-ce qui t’a amené à la musique en général et ça que tu fais aujourd’hui en particulier ?
‘y réfléchi régulièrement, car on se découvre de nouvelles origines et influences en fonction de l’évolution de sa vie, de son parcours et des pertes et rencontres
J’ai d’abord découvert le blues british avec Clapton, Cream et l’album live ʺJust One Nightʺ avec surtout la version de Double Trouble au lycée sur un Walk man avec mes potes, une claque qui m’a fait découvrir le blues afro-américain avec Otis Rush, Buddy Guy, Albert King et Freddy. C’est surtout le fait de raconter des choses et de s’exprimer avec sa guitare qui m’a donné envie de m’y mettre
Ce moment a été un déclencheur vers le blues et la musique Afro Américaine, mais quand j’y réfléchis maintenant, mon père est décédé il y maintenant trois ans, et durant cette période triste et difficile, je me suis souvenu que le week-end, quand j’étais gamin, il passait des vinyles de l’American Folk Blues Festival et de Ray Ventura et son Orchestre. Bon ça date mais c’était déjà un mix intéressant !
Je me suis tourné de plus en plus, au fil des rencontres et écoutes, vers les guitaristes au son particulier, avec un style, une narration, un thème, du Chicago blues vers le West Coast, comme Duke Robillard, Junior Watson, et récemment vers le jazz avec des influences comme John Scofield, ou plutôt vers le jazz-blues ? En fait je ne suis pas fan des étiquettes et catégories, ça mériterait un Chapitre entier.
Je suis touché par le feeling, l’émotion et la narration dans cette musique via la guitare. Ce qui m’a aussi amené vers la musique c’est toujours et tout le temps le cinéma, les films qui m’inspirent énormément. Les images et le son sont liés pour moi.
Comment t’es-tu mis à la guitare ?
Ecouter le titre Double trouble m’a directement touché au cœur, et me dire qu’on pouvait exprimer des émotions, de la joie, de la tristesse avec une guitare, ça m’a décidé : « je veux jouer de la guitare, j’ai des choses à dire et je veux les dire comme ça ».
Lassé de me voir faire semblant de jouer de la guitare avec une raquette de tennis, mes parents m’ont offert à Noël ma première guitare, une Hondo imitation Stratocaster, Japonaise ou Coréenne, ce qui n’a pas été évident vu que j’ai découvert que je jouais gaucher (alors que je suis droitier en général).
J’ai commencé à apprendre la guitare en écoutant du blues et en reproduisant les solos qui me plaisaient. Je jouais énormément, et j’essayais de retrouver les gammes utilisées dans le blues.

Ce qui m’a aussi amené vers la musique c’est toujours et tout le temps le cinéma, les films qui m’inspirent énormément. Les images et le son sont liés pour moi.
Thomas Hirsch
Qu’est-ce qui t’attire dans les musiques de type blues, rhythm & blues, jazz ?
D’abord ça a été les émotions et la sensibilité que le blues révèle, je me suis senti tout de suite connecté avec cette musique. Puis ce sont les histoires de la vie de tous les jours, les bonnes nouvelles comme les accidents de parcours, une sincérité que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Puis la guitare, comme outil ou moyen de s’exprimer, l’énergie et les nuances. C’est en écoutant Duke Robillard, Junior Watson puis plus tard et actuellement des guitaristes de jazz, et aussi des saxophonistes, que je découvre tous les jours l’infini pouvoir de la mélodie et des thèmes sans paroles
As-tu eu d’autres projets ou groupes avant de devenir Thom & the Tone Masters ?
J’ai démarré la musique de manière professionnelle, notamment le blues, à Dunkerque grâce à Eric Liagre et Olivier Mahieu (Rico and friends), puis j’ai intégré le groupe Blues Eaters avec Norman Rosaia pendant plusieurs années (5 albums). C’est en 2015 que j’ai produit mon premier album instrumental ʺRhythm Shot » et créé le groupe Thom And The Tone Masters.
Tes disques sont instrumentaux, c’est une certaine prise de risque, comment cela s’est-il mis en place ?
J’ai complétement conscience de cette prise de risque, et nous naviguons dans une niche où la frontière entre le blues et le jazz est très fine, mais j’avoue ne pas trop me soucier des étiquettes. Je dirais que je joue de la musique d’influence Afro Américaine ni plus ni moins.
J’avoue que quand j’ai commencé à jouer du blues, j’ai essayé de chanter et de m’accompagner mais je n’y ai pas trouvé de plaisir et je ne me suis pas accroché. J’ai adoré par contre accompagner des chanteurs et chanteuses en tant que guitariste soliste. Je pense que c’est plutôt entre 2013 et 2015 qu’il y a eu un déclic, notamment avec des artistes comme Duke Robillard, Junior Watson (dont j’ai fait la première partie avec Blues Eaters) qui mettaient toujours plusieurs instrumentaux dans leurs albums, et aussi les fabuleux et novateurs Tiny Grimes et Earl Hooker. C’est là que j’ai vraiment commencé à travailler cette façon de jouer l’instrument, avec des thèmes, des riffs particuliers et des accords plus tournés vers le jazz. Je travaille également des artistes comme John Scofield, Kenny Burrell et Julian Lage, qui me poussent à développer la mélodie, les solos et des accords en même temps.
La guitare est vraiment un moyen d’expression pour moi, et je trouve ça beau et c’est une chance de pouvoir raconter quelque chose, une histoire sans forcément la chanter.
Est-ce que ça peut être gênant pour trouver des engagements de concert ?
Globalement trouver des concerts en étant indépendant et sans tourneur, c’est compliqué, et oui, on est dans une niche. Le problème que je rencontre est que certaines personnes ont du mal à nous mettre dans une catégorie. Certains diront que nous jouons du jazz, d’autres du blues instrumental, peut être que nous ne faisons ni l’un ni l’autre ! Pourtant je pense que notre nouvel album est bien plus « jazz » si on le compare à nos disques précédents. C’est ce qui fait notre force et c’est ce qui donne cette atmosphère unique en concert, nous racontons des histoires et le groove est prioritaire !

Comment s’est fait ce nouveau disque ?
C’est le résultat d’une longue période difficile pour moi suite au covid. J’ai arrêté complétement la musique en 2021-2022 pour des raisons personnelles, séparation, soucis d’addiction, et j’ai dû me reprendre en main et faire un gros travail personnel. Peu à peu j’ai recommencé à jouer chez moi, j’ai repris goût à la musique, à la guitare, ce sont des rencontres inattendues aussi qui m’ont beaucoup aidé. J’ai recommencé à composer, à écrire et l’envie de retourner en studio en faire des concerts s’est imposée d’elle-même. Ça a pris du temps et c’est le sens du titre de l’album. J’ai reformé le groupe avec les musiciens cités plus loin, et on a repris les répétitions. Je voulais surtout donner une dimension encore plus personnelle et cinématographique à ce projet. L’idée est de fonctionner en sessions, en épisodes, cet album est l’épisode 1. En fait chaque titre raconte une histoire, un moment de vie, et a été composé de la sorte, je choisi d’abord ce que je veux raconter et on développe un thème. C’est pour cela que j’associe beaucoup les images, les souvenirs, au son et à la musique.
On a enregistré les sept titres au studio du Flâneur à Rouen et au studio du Sextan à Paris. C’est Arthur Gouret, du Sextan qui s’est occupé du mix et mastering. On est super content du résultat final. Je voulais également de mettre en avant les claviers et aussi la section de cuivres avec l’arrivée de Julien Silvand à la trompette, avec un gros travail d’arrangement
C’est le disque dont je suis le plus fier. On a pris un nouveau départ, et on assume totalement notre orientation et notre style.
Peux-tu nous parler des musiciens qui t’accompagnent ?
Bertrand Couloume (Contrebassiste de Little Bob) m’accompagne depuis le début à la contrebasse, Simon Boyer est à la batterie (il était déjà présent sur l’EP ʺChippewaʺ). J’ai enrichi la section de cuivres avec l’arrivée de Julien Silvand à la trompette, Laurent Meyer au saxophone (il remplaçait au départ Eric Preterre sur certaines dates), et c’est Olivier Cantrelle qui nous a rejoints aux claviers (Rhodes, B3, Piano). Leurs parcours font la force de ce projet, avec beaucoup d’influences (jazz, blues, rock).
Quels sont tes projets ?
L’épisode 2 ! J’y travaille déjà et il s’appellera « Underneath The Stars », avec uniquement des compositions, et je pense que nous retournerons au studio du Sextan à Paris.
Et aussi plus de concerts et de live, et toujours plus de guitare !
Sur un plan plus personnel j’aimerais également développer ma musique pour l’image (films, documentaires).
Propos recueillis par Christophe Mourot le 16 septembre 2026
A écouter : ʺTime Will Heal You – Session 1ʺ ★★★★ (Inouïe Distribution, lire la chronique ici)





