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Chroniques / 04.07.2026

Eric Bibb, One Mississippi

Note : ★★★★★

Genre : blues traditionnel

Label : Repute Records

Eric Bibb est incroyable. Plus de cinquante ans de carrière. Autant d’albums. Mais combien de failles ? Quête stérile, limite absurde. Pourtant, elles existent. Mais Eric a toujours su où mettre les doigts pour toucher. Ainsi sur la chanson d’ouverture, One Mississippi, ode au « père des eaux » sur lequel rôdent slide et harmonica. Puis sur Muddy Waters, désabusée sur l’itinérance dans des States ô combien disjoints : « I got muddy waters in my shoes / I got Muddy Waters all in my blues ».

Vient alors This One Don’t, hymne jovial à la musique et à la danse, toujours souligné de slide et d’harmo, mais plus détaché : « Some songs have complicated melodies, this one don’t ». Didn’t I Keep Runnin’ emprunte non sans exaltation les traces des esclaves en fuite avec des arrangements imparables (cordes, percussions, banjo) et des sonorités très actuelles que l’on retrouve sur Change, qui invite à la remise en question, et sur No Clothes On sur l’aveuglement à l’égard du monde qui nous entoure. Go Down Ol’ Hannah (sur l’exploitation des Afro-Américains pour les chantiers de construction, le tristement célèbre convict lease system) et If You’re Free, sur la pauvreté, les SDF et les victimes des conflits, rappellent que la douleur habite le passé comme le présent.

Les trois derniers morceaux, Waiting On The Sun, Show Your Love et We Got To Find A Way révèlent l’éternel et sincère optimisme d’un artiste qui aspire à un monde meilleur. C’est musicalement parfait, avec des arrangements d’une richesse rare et de nouvelles nuances qui se dévoilent à chaque écoute. Et puis il y a Crossroads Marilyn Monroe, troublant détour par un carrefour du Delta, pivot de l’impunité d’une femme aussi belle que Marilyn, mais qui tiendra le premier rôle dans l’assassinat d’Emmett Till en 1955.

Eric Bibb est unique. Comme son œuvre. Comme ce disque.

Daniel Léon

Sortie : 30 janvier 2026