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Live reports / 14.07.2026

Vache de Blues 2026

Boulange (Moselle)

26 – 27 juin 2026

Revenu dans un de ses lieux d’origine, le festival Vache de Blues tenait sa deuxième nouvelle édition les 26 et 27 juin. Terrain champêtre, étang, canicule, orage, ambition éco-responsable, bénévoles enthousiastes et dévoués, programmation de qualité, il faisait bon se retrouver sous cette bannière chargée d’histoire et de tradition.

Quelques minutes avant l’ouverture des portes, un orage s’abat brusquement sur le site. Le vent et la pluie sont violents, les barnums s’envolent, les stands sont trempés, tout comme les bénévoles qui réagissent instantanément. Les uns déplacent ce qui doit être mis à l’abri, les autres s’accrochent aux montants des barnums pour les maintenir en place, l’agencement des stands est repensé. L’efficacité des équipes est impressionnante et, une fois l’orage reparti aussi soudainement qu’il était arrivé, le site est prêt à accueillir le public.

Jakez & the Jacks ouvrent les festivités musicales et ils ébahissent rapidement un public qui grossit petit à petit avec leur blues électrique de Chicago, très ancré dans le westside. Alternant reprises et compositions, le trio nantais démontre sa maîtrise du genre, peut-être la seule de ce niveau en France. Jakez Rolland est magnifique à la guitare et, ce qui est un vrai plus, aussi au chant. Tendue, aboyante, douce, agressive, grave, sa voix passe par tous les états qui permettent d’installer un climat permanent de tension et détente, garant d’une sensation blues intense. Julien Dubois à la basse et David Avrit à la batterie donnent un soutien idéal. Come play dice with me, superbe blues lent, résume tout ça à lui seul. Le chant, le solo de guitare, la batterie y sont impeccables. Nico Vallone, directeur artistique du festival, est invité à l’harmonica sur Lonesome for a dime.

Sur la petite scène, JJ Apleton, accompagné par Marko Balland à l’harmonica et Abdell B Bop à la contrebasse, propose une jolie séance de blues acoustique, chanté avec précision, joué avec piquant à la guitare et orné de belles parties d’harmonica par Marko. Avec eux le temps passe vite.

La grande scène reprend en effet rapidement avec une autre formation de Nantes, Denis Agenet & Nolapsters Big Band. Le leader est installé sur le devant droit de la scène, prêt à emmener son big band dans une joyeuse fête musicale, principalement nourrie de compositions originales, Dancing in the streets, My first Christmas alone, She likes to dance, Mailman on Everest, Earthbound, les morceaux forts sont là, et quelques reprises dont un Nosey Joe bien senti. Thomas Aubé est étincelant à la guitare, Damien Cornélis idem aux claviers. Benoit Gaudiche et Félicien David soufflent avec autorité et swing, Igor Pichon est aussi efficace que discret à la contrebasse, et Louise Vo et Lilou Hornecker offrent des chœurs joyeux. Nico Vallone est invité à l’harmonica sur le final It don’t bother you.

On repasse un bon moment avec JJ Apleton et ses deux compères avant de revenir à la grande scène pour Kirk Fletcher. Accompagné par Elias Vollmer à l’orgue et Matt Brown à la batterie, Kirk est la force tranquille du blues. Décontraction, sourire, gentillesse, tout semble naturel et facile pour lui. Son chant sobre et efficace, son jeu de guitare magnifique, tout coule comme du miel dans nos oreilles. Comme il le dit dans le premier morceau : « I got the right to sing the blues ». Il est vite rejoint par la chanteuse Erika Baier qui fait le show, en vraie meneuse, et le temps passe encore très vite.

Marko Balland, JJ Apleton, Abdell B Bop
Denis Agenet

La chaleur est de nouveau écrasante le lendemain en fin d’après-midi mais cela n’empêche pas Veronica Sbergia & the Red Wine Serenaders d’enchanter les spectateurs présents et lancer la soirée avec leur mélange de blues, gospel, ragtime, beau, apaisant, entraînant. Veronica prend la lumière et nous emporte avec sa voix claire et puissante. Max de Bernardi étincèle à la guitare et Dario Polerani rythme tout avec assurance. Cerise sur ce beau gâteau, le trio invite les Suitcase Brothers et Nico Vallone pour le final.

Juste après, les Freaky Buds vont être à la hauteur de nos attentes. Thomas Troussier malheureusement absent, c’est Victor Puertas qui le remplace au pied levé à l’harmonica. Si on cherche des descendants aux Red Devils, les Freaky Buds sont parmi les meilleurs candidats. Max Genouel emmène le groupe avec autorité, au chant et à la guitare, avec des riffs et des solos puissants, Lonj pompe le rythme à la deuxième guitare, Bastien Cabezon est aux tambours de guerre, et Victor, avec le talent et l’adaptabilité qu’on lui connait, envoie ses harmonicas avec un son de l’espace. Nico Vallone est invité sur le dernier morceau puisque Victor Puertas doit aller se préparer pour le set des Suitcase Brothers sur la petite scène.

Santos au chant et à la guitare, Victor au chant et à l’harmonica ; les deux frères ont eux aussi ce don de jouer un blues authentique qui apaise, et vont faire de leurs deux sets inter plateaux des moments exceptionnels. Electrique avec les Freaky Buds, Victor passe en acoustique et revitalise les grands noms de l’harmonica en y apportant son extraordinaire patte personnelle. Santos chante et joue de la guitare en maître du genre, le temps passe décidément très vite.

Il y a eu un orage la veille, en cette deuxième soirée, c’est une tornade, nommée Sean McDonald, qui passe sur Vache de Blues, sans autres dégâts qu’un immense bonheur dans la tête et les tripes des spectateurs. Qu’est-ce qu’on a pris !

Cela a été dit ailleurs dans les colonnes de Soul Bag, Sean a tout pour s’installer durablement en tête du monde du blues. Sa fougue au chant et à la guitare emporte tout. Il est sans arrêt à la relance avec ses musiciens qui le lui rendent bien. Thomas Feldman est aussi déchainé au saxophone qu’Alberto Marsico est flegmatique aux claviers. Fabrice Bessouat et Julien Dubois soutiennent tout ça avec classe et ont l’air de s’amuser encore plus que nous. Sean place de petits intermèdes au micro pour présenter les morceaux et séduire encore plus le public – voir des jeunes crier et taper des mains au pied d’une scène de blues fait un bien fou – , avant de se lancer dans des parties de guitares, riffs et solos incandescents. Il a des choses à raconter sur son instrument et on l’écoute avidement. Le public chante, rugit, tape des mains et des pieds, c’est un moment d’exception. Max Genouel est invité à la guitare pour la fin du set et un rappel énormissime avec The hucklebuck.

Difficile de passer après Sean McDonald ? Pas pour Carolyn Wonderland dont l’univers particulier fait tout de suite mouche. Elle projette une image attachante, joue de la guitare avec une main droite fascinante, alterne notes et accord frappés sèchement, sur une Gibson avec des ouïes à la caisse, accompagnée par Shelley King à la guitare acoustique et au chant, et deux musiciens, bassiste et batteur, dont nous n’avons malheureusement pas pu noter les noms. Les morceaux ont des rythmes originaux et variés, et Carolyn joue Truth is, morceau qui donne son titre à son dernier disque, de magistrale façon. Beau final !

Merci aux organisateurs, aux bénévoles, à la commune de Boulange, et vivement l’année prochaine.

Texte et photos : Christophe Mourot

Veronica Sbergia & the Red Wine Serenaders
Victor Puertas, Max Genouel
Nico Vallone, Max Genouel
The Suitcase Brothers
Sean McDonald
Sean McDonald, Alberto Marsico
Carolyn Wonderland