Matthew Skoller’s Chicago Wind
02.06.2026
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Le Hangart, Técou (Tarn)
22 & 23 mai 2026
Comme tous les ans, l’accueil est chaleureux et bon enfant, poignées de mains, bises, plaisanteries potaches, questions sur les artistes de la programmation qu’on ne connait pas, pronostics sur ceux qu’on a déjà vus. Car le programme musical est intelligent, varié, local et international avec deux ou trois concerts en extérieur l’après-midi puis deux sur la grande scène intérieure en soirée. Le site du hangart s’est encore agrandi et est désormais capable de proposer des projets clés en main aux musiciens, avec salle de répétition, studio d’enregistrement entièrement équipé, et logements pour résidence.
La musique commence le vendredi en fin d’après-midi avec Loco, groupe local dont les reprises de blues électrique, Albert Collins, Sonny Boy Williamson n°2, BB King et consorts, et les compositions aux paroles parfois en français, sont interprétées avec conviction. Chant, guitares, harmonica, basse, batterie, tout est fait pour bien lancer le festival, chauffer les oreilles, les mains et les pieds du public.
Qui de mieux que Terry Harmonica Bean pour continuer ? Balance minimaliste, engagement maximaliste, Terry ne se pose pas de questions, tout en lui dit : « si vous ne m’arrêtez pas, je joue tout le weekend ». Compositions ou reprises ? Peu importe, c’est du blues downhome en mode boogie, guitare triturée, harmonica sur rack autour du cou, riffs aboyés, son d’enfer, les morceaux s’enchainent et on joue à reconnaître les mélodies, les paroles, tout en tapant des pieds et des mains.
On est bien chaud pour passer dans la grande salle et découvrir ou retrouver Guilty Delight. Le guitariste Rémi Voisin, co-fondateur du groupe emmène Flo Vincenot au clavier, Lyvio Calodat à la batterie, Luc Brame à la basse, pour installer de suite un groove épais, avant que les choristes Cécile Cuvelier, Virginie Humbert, et la chanteuse Aurélie “Orel” Michelon, autre co-fondatrice du groupe, se présentent en file indienne, façon Supremes, et lancent. Les appels et répons de leurs voix, leurs entrelacements, vont être pour beaucoup dans la prestation globale du groupe. D’autant que c’est couplé à des chorégraphies élégamment rythmées qui attirent le regard, le plaisir de jouer visible de Flo, les rim shots distillés par Lyvio, la basse de Luc et les solos de Rémi. Le groupe pourrait se lâcher plus mais dans tous les cas donne envie de le revoir.
La première grosse claque du festival va suivre avec Sean McDonald, solidement épaulé par Thomas Feldman au saxophone, Julien Dubois à la basse et Fabrice Bessouat à la batterie. « Less is more » dit-on en anglais, Sean et ses gars vont l’illustrer à merveille. Ils commencent par l’instrumental jump Suffleboard swing, où Sean confirme qu’il a des quantités de choses à dire à la guitare, et qu’il sait le faire avec goût et mesure. Thomas montre qu’on peut compter sur lui pour honker à tout va, et Julien et Fabrice pompent le rythme avec une assurance sympathique. Reprises de Johnny Otis, Billy Wright, Chuck Berry, Nappy Brown, le jeune homme a des lettres et du goût, et a aussi ses compositions, comme le blues lent Killing me. Il chante bien, et son jeu de guitare, généreux mais jamais exagéré, est parsemé de gimmicks malicieux. Il sait aussi parler au public, « Il n’y pas de nous sans vous », et a de la ressource face à l’imprévu, comme quand Fabrice part à la recherche d’une baguette tombée au sol, et qu’il comble ce contretemps par des notes venues du Sleep walk de Santo & Johnny puis de sa composition Angel baby mâtinée d’autres évoquant Pete Guitar Lewis et Johnny Otis. Ce bel ouvrage se poursuit avec un instrumental en duckwalk, et un final avec une version entrainante de The hucklebuck. Le public en veut plus et c’est un rappel en medley de Money de Barrett Strong, Roadrunner de Bo Diddley et Walking the dog de Rufus Thomas. Le talent et le goût, on vous dit !












Le samedi commence le matin avec une conférence éclairante de Cisco Herzhaft sur l’histoire de la naissance du blues. Il donne des repères essentiels dont on n’a pas forcément conscience, comme l’impact de la fin du transport d’esclaves depuis l’Afrique, la création de communautés afro-américaines qui en découle et le développement d’une culture locale, capable d’absorber de multiples influences, d’une façon qui ne se produira nulle part ailleurs, et qui mènera à la création du blues.
Le temps de déjeuner, la cuisine proposée par l’organisation et les bénévoles est excellente, et on s’installe en face de la scène extérieure pour le Third Trio. Venus de la région Toulousaine, Basile Veyriès au chant et à la guitare, Evan Graïne à la basse et Leo Jimenez à la batterie, proposent un blues rock en tensions-détentes qui assurent, pointes de jump blues qui rassurent, reprises maîtrisées, comme le Black cat bone d’Albert Coolins, emprunts à Stevie Ray Vaughan et Eric Gales qui ne débordent pas et un bon final avec If you love me like you say.
Cisco Herzhaft leur succède, seul avec sa guitare, mais avec une énergie qui pourrait alimenter une formation plus étoffée. Il est dans la continuité de sa conférence matinale, cette fois-ci avec plus de musique que de mots. Il prend soin de donner le sens de son répertoire aux spectateurs, et ses anecdotes ne laissent aucun doute sur son authenticité et son engagement. Blues, boogie, ragtime, country, la musique est de haut niveau, la guitare puissante et la voix évocatrice.
C’est le tapis rouge pour Terry Harmonica Bean à propos duquel on pourrait écrire exactement la même chose que la veille. C’est comme s’il ne s’était pas arrêté de jouer et il va livrer un nouveau set rougeoyant. On tape des pieds, des mains, on lève le coude, bref, les corps sont en mouvement.



La suite sur la grande scène va être la deuxième grosse claque du festival avec Mike Andersen. Accompagné par les fidèles Johannes Nørrelykke à la guitare rythmique, Kristian Kold à la basse, Jens Kristian Dam à la batterie, il va offrir un set à l’énergie tout en retenue, mais aussi prenante, sinon plus, que bien d’autres plus sonores. Avec lui, cela passe d’abord par du partage, des notes parcimonieuses, des chansons à texte, une voix qui s’insinue dans les oreilles pour aérer les esprits. L’homme a une discographie riche, dans laquelle il pioche pour construire son concert : Over you, son hit à la radio Danoise en 2010, Who’s cheatin’ who repris à Little Milton sur son premier album, No time to slow down, Raise your hand, Little man, sur les suivants, puis Falling for you, extrait de son dernier disque “All Out Of Love”. Tout est beau et transcende les genres. Le public ne s’y trompe pas qui se lève pour une ovation spontanée et un rappel mérité.
Peter Karp a la difficile tâche de succéder à tout cela, mais cela ne semble pas l’effrayer. Deux titres au piano pour commencer puis il passe à la guitare pour envoyer un répertoire solide, plus americana que blues, il cite Tony Joe White parmi ses influences absolues, mais personne ne lui en fera reproche, tant il sait installer un climat, un groove, et raconter des histoires, comme sur ce long morceau où il prend le temps de parler de la « musique du diable » en laissant à chacun de ses accompagnateurs la place pour un solo, les frères Xeres en tête à la basse et la batterie puis Luigi Cerpelloni à la guitare. Grâce à lui, on redescend doucement des moments d’émotion vécus tout au long d’une édition 2026 de Técou en Blues qui aura tenu toutes ses promesses.








Texte : Christophe Mourot
Photos : Yannick Enjalbert, Christophe Mourot