The Anthony Paule Soul Orchestra feat. Willy Jordan, What Can We Do?
07.08.2026
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On ne sait lequel de Too much blues ou de Burn it down remportera le titre officieux de hit de l’été à New Orleans, mais l’écoute de ces deux morceaux dans cet été turbulent possède indéniablement les vertus thérapeutiques nécessaires à l’indispensable adaptation climatologique.
Too much blues est un des morceaux phares du premier disque du jeune prodige River Eckert. Déjà évoqué dans le dossier « Jeunes Talents » du dernier numéro papier de notre chère revue, le jeune chanteur pianiste confirme là tout le bien que ses prestations live laissaient entrevoir. Ce Too much blues qui doit tant à James Booker, trouve ici un thuriféraire à la hauteur. Enregistré dans le studio paternel de Cambronne Street, le LP bénéficie de la présence de la crème des musiciens de Nola. Georges Porter, bassiste historique des Meters, John Fohl, guitariste de Dr John, et Terrence Higgins, batteur de Dirty Dozen Brass Band forment une ossature de choc renforcée çà et là par un bataillon de cuivres digne des meilleures Second Line. Un must qui s’est trouvé épuisé dès les premiers jours de sa mise en vente au Louisana Music Factory de Frenchmen Street. Rare et édifiant par les temps qui courent.
Pour Burn it down, il faut aller chercher du côté du funk des Mardi Gras Indians. Rumble est un groupe rare, à même de régénérer la musique originelle de la ville tout en s’y référant constamment. Un tour de force rendu possible par la convergence de talents issus des meilleures familles de la cité du croissant. Chief Joseph Boudreaux Jr n’est autre que le fils de Monk Boudreaux des Golden Eagles dont la carrière s’étend sur près de 60 ans. Le trompette, percussionniste, arrangeur, compositeur Aurelien Barnes est quant à lui le fils de Sunpie Barnes dont le blues et le zydeco irradient sur la ville depuis plusieurs décennies. Indubitablement bon sang ne saurait mentir, tant la progéniture, à la tête d’un combo acéré est à même d’envoyer moult flèches funky. Couplé au non moins entraînant Second line for me, le présent single annonce une longue durée du meilleur aloi.
Mixer à la suite le dernier enregistrement de Cyril Neville résonne dès lors comme une évidence tant l’octogénaire ne fait pas son âge. Pour un peu, on croirait son Sunrise on the river sorti du disque des Wild Tchoupitoulas de 1976, enregistrement qui peut être considéré comme le premier disque des Neville Brothers, certes non officiel mais annonciateur d’une suite prolixe qui trouve encore aujourd’hui ce type d’heureux prolongement.
Dans le même ordre idée, on est content de retrouver le groupe Bonerama à ce niveau funky que quelques aventures « rockailleuses » avaient éloigné du corps de métier initial. Sur Derelict Junction, River Eckert assure une intro digne des meilleurs professeurs et autres docteurs avant que Johnny Sansone guide de sa voix de stentor et de son harmonica la célèbre section de trombones. Un morceau imparable qui résume à lui seul la force de la musique de la nouvelle Orléans. Comme le dit Jake Eckert, père de River, ancien guitariste du Dirty Dozen Brass Band et leader des New Orleans Suspects :« A La Nouvelle Orleans, il n’y a qu’un seul groupe dans lequel, de temps en temps, les musiciens changent… ». Les prestigieux invités de Bonerama – Trombone Shorty, Ivan Neville, Stanton Moore…-sont là pour attester de cette interchangeabilité situationelle permanente.
Stéphane Colin
River Eckert ʺEst 2009ʺ (Funky 88 Records, mai 2026) ★★★★★
Rumble ʺBurn It Downʺ (Rumble Records, avril 2026) ★★★★ ½
Cyril Neville : ʺDon’t Wait Till I’ m Goneʺ (World Order Entertainment / Dice Lab, mai 2026) ★★★★ ½
Bonerama ʺSo Much Loveʺ (autoproduit, janvier 2026) ★★★★