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Chroniques / 17.09.2026

Black Phantom Rockers, Volumes 1 à 5

# 1 « Rock And Roll Jungle » ★★★★

# 2  « The Dance » ★★★★

# 3  « Hallelujah Rock And Roll » ★★★★

# 4 « The Twirl » ★★★★

# 5  « Everybody Dance » ★★★★

Genre : rock & roll, blues, rhythm & blues

Label : Koko-Mojo

Mais qui sont donc ces rockeurs ‘’fantômes’’ à qui l’excellent label de compilations Koko-Mojo consacre pas moins que 5 volumes en CDs rassemblant près de 130 titres d’illustres inconnus – ou presque – pour près de 5 heures d’écoute ?

Le label allemand Atomicat avait déjà consacré cinq volumes à la même thématique en se cantonnant au rockabilly et rock’n’roll blanc des fifties et Koko Mojo relève le challenge en choisissant de braquer ses projecteurs sur les artistes noirs américains, peut-être véritables inventeurs de ce fameux rock’n’roll. L’idée est la même, nombre de musiciens dans les 50’s, souvent à cause de la couleur de leur peau, parfois parce qu’ils étaient déjà sous contrat avec un autre label, ou tout simplement parce que les infos sur les sessions d’enregistrement et les accompagnateurs présents n’avaient pas été bien notés, ou parfois volontairement, ont vu leurs titres paraître sous des pseudonymes douteux ou des surnoms flatteurs. On connaît l’histoire d’Esquerita, on sait qui est Young John Watson (et son génial Space guitar), mais qui sait par exemple que The Ecuadors étaient un projet non validé de Chuck Berry ? Qui sont Frank Linkenberg, Johnny Chef ou Mule Thomas en réalité ?

Prenons justement, presqu’au hasard, le Can’t stop moving du dit Johnny Chef qui ouvre le volume 4, on est saisi par la qualité musicale du titre, Johnny Chef nous emmène à l’église à priori, mais on saisit vite que les mouvements dont il parle ne sont pas forcément en lien avec une quelconque religion. Et quelle voix ! Mise en avant par une courte intro a capella, on sent le feu couver et on imagine sans mal les danseurs en transe sur la piste du juke joint local. Autre exemple, le Jackson blues d’un nommé Elmon Mickle [connu aussi sous le nom de Driftin’ Slim NDR], un blues racinien, le Tennessee (Jackson, ici c’est la ville dans le Tennessee), rencontrent un shuffle et un harmonica plutôt louisianais, court mais imparable ! Ou le I need love de Little Mack, fortement inspiré de Ray Charles, qui encore une fois invite sans retenue à la danse et c’est d’ailleurs, comme toujours chez Koko-Mojo, la grande leçon à retenir. Ces musiques, r&b, blues et évidemment rock’n’roll étaient pensées pour la danse, elles sont à prendre au premier degré et parlent d’abord à notre corps, notre cœur, notre âme. Parfois le titre est connu, l’interprète l’est moins, comme avec cette version du Tore up de Hank Ballard par le louisianais Harmonica Fats, harmoniciste méconnu que l’on vit réapparaître plusieurs décennies plus tard en Californie pour quatre albums avec le guitariste Bernie Pearl.

Comme souvent avec ces compilations Koko Mojo, on est donc entraîné dans une espèce de Cluedo géant à l’écoute de ces multiples titres, qui a fait quoi, où et quand ? C’est passionnant, instructif et tellement plaisant, la qualité de ces morceaux et artistes oubliés donne à réfléchir et nous fait réaliser que notre quête musicale sera sans fin pour notre plus grand bonheur !

Eric Heintz

sorties : avril à décembre 2026