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Chroniques / 16.09.2026

Hammond Special

Alors que le grand public connaît finalement peu cet instrument, l’orgue Hammond bénéficie depuis quelques années maintenant d’un regain d’intérêt chez les musiciens en particulier américains et on ne compte plus le nombre de groupes instrumentaux, souvent en trio, qu’on peut entendre en clubs aux Etats-Unis ou écouter via des albums récents pas toujours faciles à dénicher. Trois exemples parus récemment donc !

Le vétéran britannique Vic Martin est surtout connu pour avoir été le clavier du groupe de Gary Moore de 2000 à 2014, mais il a aussi participé à de nombreux backing bands ou sessions studios dans des styles très divers pour des artistes allant de Eurythmics à Kirk Fletcher en passant par Boy George ou Chris De Burgh. Son profil de musicien polyvalent transparait, à l’écoute de cet album très varié, même si on note globalement une légère teinte rock progressif 70’s qui imprègne des titres en majorité mid-tempo, conçus visiblement surtout pour créer une ambiance propice à une soirée tranquille à la maison entre amis. On écoutera en priorité le bluesy Rollin’, le gentiment funky Rondeaux et le jazzy Lonesome.

A l’autre bout du spectre, on a le second album de ce qu’on peut appeler un supergroupe avec le Parlor Greens de Tim Carman, batterie (ex GA-20), Adam Scone, orgue Hammond (Scone Cash Players et Sugarman 3) et Jimmy James, guitare (ex Delvon Lamarr et True Loves). Ici le propos est volontairement et résolument funky, et l’ensemble bénéficie, dans le rendu musical, des nombreuses dates jouées ensemble ces trois dernières années. C’est moins raide, plus accrocheur que l’album de leurs débuts même si les références sont identiques, Charles Earland pour Eat your greens, le morceau d’ouverture, Lonnie Smith pour Lion’s mane ou encore ailleurs, au fil des titres, Big John Patton ou les Meters par exemple. Et Tim Carman qui vient de sortir un livre de référence, The Shuffle Book Vol. 1, prouve sur Letter to brother Ben qu’il maîtrise effectivement le sujet ! Une formation donc en pleine confiance qui donne envie d’écouter et réécouter son album mais aussi de creuser ce vaste sujet, et vrai trésor musical, que sont le Soul Jazz et le Hammond Funk de la fin des 60’s et du début des 70’s.

Naptown, c’est l’affectueux surnom donné à la ville d’Indianapolis par la communauté musicale noire de la ville, fameuse pour ses clubs de jazz d’Indiana Avenue qui nous ont donné Freddie Hubbard, Wes Montgomery ou encore Slide Hampton. Et le saxophoniste Rob Dixon, en quatuor cette fois, sax/orgue/basse/batterie, construit tout au long de cet album une forme d’hommage à ce riche passé, aidé en cela donc par l’inévitable Sam Fribush à l’orgue, Sam Fribush qu’on retrouve ces derniers temps sur de multiples projets à tendance Soul jazz ou jazz funk, et par le guitariste vétéran Dave Stryker, 35 albums sous son nom, ex-accompagnateur de Stanley Turrentine ou Jack McDuff. Le quatuor est complété par le batteur Richard ‘’Sleepy’’ Floyd, habitué lui des sessions studio plutôt hip-hop. Quatre originaux par Dixon côtoient deux reprises de Wes Montgomery, le I want you de Marvin Gaye et un remake du Walking in rhythm des Blackbyrds, pour un résultat qui penche résolument du côté jazz, tour à tour relax et groovy, puis intense et funky, preuve en sont Sly le morceau d’ouverture ou le shuffle bluesy de Naptown blues. La bonne surprise, recommandée dans le genre !

Un feulement d’orgue Hammond pour capter l’attention ; une guitare à la scansion aussi détendue que millimétrée ; deux baguettes qui rebondissent paresseusement sur leur caisse claire ; une basse bien moelleuse et des cuivres qui enrobent le tout : l’intro de Walk with me pose d’emblée les bases d’un disque vers lequel devraient se ruer les fans de Booker T. & The MGs. Les 10 titres qui le constituent revisitent en mode instrumental le répertoire du délicieux premier album d’Emilia Sisco, ″Introducing…″, paru en 2024 chez les Finlandais de Timmion Records. Le mystérieux patronyme Cold Diamond & Mink désigne le backing-band maison, lettré, doué et enthousiaste, celui- là même qui œuvre derrière Bobby Oroza, Carlton Jumel Smith ou Jonny Benavidez : Jukka Sarapää à la batterie, Sami Kantelinen à la basse (les deux co-fondateurs du label) et Seppo Salmi à la guitare (issu de l’univers du reggae, ce qui explique le placement joyeusement alangui de ses rythmiques), renforcés par l’organiste Mr. Sophisticated Fingers, biberonné aux disques de Jimmy Scott, Jimmy Mc Griff et Shirley Scott. Une coterie de passionnants passionnés qui nous envoient d’Helsinki cette merveilleuse carte postale, langoureuse (Let my soul catch fire), contemplative (I wish I was yours), bluesy (It’s too late) et/ou nostalgique (difficile de ne pas avoir le cœur serré à l’écoute de Light it up with your smile). En clair : enthousiasmante du début jusqu’à la fin.

Eric Heintz et Ulrick Parfum

Cold Diamond & Mink « Organ-ized »  (Timmion Records, 28 août 26) ★★★ ½ (Ulrick)

Rob Dixon « Naptown Soul » (Strikezone Records, 21 août 2026) ★★★★ Scoop ! (Eric)

Vic Martin « Blue Hammond » (669813 Records, 30 janvier 2026) ★★★ (Eric)

Parlor Greens « Emeralds » (Colemine Records, 10 avril 2026) ★★★★ (Eric)