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Live reports / 03.04.2024

Delgres, La Maroquinerie, Paris, 2024

27 mars 2024.

Promis le feu. Il ne faisait aucun doute que le nouveau répertoire puisé dans un troisième album fraîchement publié (chronique à lire ici) donnerait à Delgres l’occasion d’honorer son statut de groupe taillé par et pour la scène. En guise de “release party” et point d’orgue d’un premier mois de tournée, cette date parisienne dans un antre que le trio connaît bien. 

Une Maroquinerie compacte plonge d’emblée dans “Promis Le Ciel” : parfaite en ouverture comme sur le disque, la chanson-titre laisse place à Pou vou suivi d’Autorisation. Tiercé gagnant pour planter le décor et sortir le bleu de chauffe. Les grondements affûtés du sousaphone de Rafgee s’emboîtent dans la frappe magistrale de Baptiste Brandy, Pascal Danaë lacère du riff et propulse ses mots et ses airs qui font mouche. Petite respiration et voilà qu’un pas en arrière nommé 4 ed maten intensifie la connexion à une salle tout ouïe. La pulsation implacable de Walking alone fait évidemment son effet, Pourquoi ce monde n’a aucun mal à être entonné par le public gratifié d’un solo de batterie qui n’a rien de vain. Rafgee dégainera lui sa trompette pour prolonger la mélancolie lumineuse de Mettre les voiles

Pascal Danae
Baptiste Brondy
Rafgee

La parenthèse acoustique menée à trois de front (Baptiste Brondy à la guitare) est une vraie réussite. Le fort message d’humanité d’An pa ni sou s’en trouve amplifié, le touchant Vivre sur la route résonne en communion, le désormais bon vieux Mr. President ne perd rien en pertinence. L’occasion de souligner que la qualité de la prestation est aussi à rechercher du côté du son et de la lumière, grâce à deux acolytes de tournée que Pascal ne manquera pas de saluer à la fin du set. 

Une relecture musclée du Working class hero de John Lennon n’a aucun mal à intégrer le répertoire de lutte du trio, Respecte nou demeure cette revendication puissante et dansante, porte d’entrée d’un premier album marquant dont le fameux Mo Jodi fut copieusement acclamé et dansé en conclusion de soirée, juste après une première partie de rappel initié par le très prenant À la fin. On n’oublie pas non plus les secousses néo-orléanaises de Samedi soir et cette extension fort bienvenue de Pa lese mwen qui migre vers une sorte de shuffle boogie emmené par un sousa survolté.  

Delgres détient aujourd’hui non seulement un sacré répertoire, mais aussi et toujours cette capacité à l’explorer et à le sublimer grâce à une précieuse osmose qui lui donne les coudées franches. L’art de tenir ses promesses. 

Texte : Nicolas Teurnier
Photos © Cindy Voitus