Steve Cropper (1941 – 2025)
11.06.2026
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Fred Brousse, 28 août 1965 – 6 octobre 2025
Originaire de la Nièvre, Fred Brousse se fera surtout connaître dans la région de Lyon où il a longtemps vécu. Chanteur, guitariste et harmoniciste, il se fait remarquer dès l’âge de 20 ans en ouvrant pour B.B King, ce qui le persuade de se dédier entièrement au blues. À partir de 1995, il débute une fructueuse collaboration avec le chanteur, guitariste et saxophoniste Maurice John Vaughn. Parallèlement, soucieux de s’imprégner davantage de l’esprit du blues, il se rend plusieurs fois aux États-Unis. Cette expérience lui permettra d’accompagner des artistes américains notables dont Joe « Guitar » Hughes, Lil’ Ed & the Blues Imperials, Donald Ray Johnson, Zora Young, Terry « Harmonica » Bean, Tré & the Blueknights, Shirley Johnson, Shanna Waterstown, Corey Harris, Boney Fields et Eddie Taylor Jr.
Son aire d’influence s’étend ainsi à toute l’Europe, bien au-delà de sa région lyonnaise d’adoption. Fred était beaucoup demandé et cela ne relève pas du hasard. Il sentait le blues et ses capacités d’adaptation (son point fort) n’étaient jamais prises en défaut. Comme beaucoup de musiciens au service des autres, il a relativement peu enregistré sous son nom et nous laisse deux albums, « Chicago Carnet de Voyage » (autoproduit, 1998, avec Maurice John Vaughn, Detroit Junior, B.J. Emery…) et « Fred Blues » (Gout Pile Production, 2002).
Il apparaît enfin sur un EP avec son groupe Brown Sugar, « 100 % Pur Blues » (2003), et sur l’album du Jack Bon Slim Combo « What a Good Life! » (2014). Ces dernières années, il travaillait avec la chanteuse d’origine malgache Elina Jones. Fred Brousse a été emporté par un cancer à l’âge de 60 ans.
Jeff Hannusch, 31 août 1954 – 11 novembre 2025
Originaire du Canada mais installé à La Nouvelle-Orléans en 1978, Hannusch a débuté en faisant des compétitions de course à pied tout en collectionnant des disques. Progressivement, il va s’imposer en spécialiste de la musique louisianaise, comme journaliste en écrivant des articles dans des revues importantes dont OffBeat, Living Blues, Rolling Stone et Billboard. On lui doit aussi les notes de pochettes et livrets de quelques 130 albums, et il supervise des sessions d’artistes majeurs, de Buckwheat Zydeco aux Neville Brothers, en passant par Marcia Ball, Bobby Bland, Solomon Burke, Walter « Wolfman » Washington, Professor Longhair, Kenny Neal, Snooks Eaglin, Dr. John, Marva Wright, Allen Toussaint.
Il est enfin l’auteur des ouvrages référents, I Hear You Knockin: The Sound of New Orleans Rhythm and Blues (Swallow Publications, 1985) et The Soul of New Orleans: A Legacy of Rhythm and Blues (Swallow Publications, 2001). Jeff Hannusch est décédé d’une longue maladie.
Phil Upchurch, 19 juillet 1941 – 23 novembre 2025

Le guitariste et bassiste Phil Upchurch, qui nous a quittés à 84 ans, a œuvré dans un large spectre qui englobe soul, blues, R&B et jazz. Il naît Philip Rodney Upchurch à Chicago. Son père est pianiste de jazz et il apprend l’instrument très jeune, participant même à un récital à seulement 8 ans. Ce même père lui offre un ukulélé à 13 ans, et il se met ensuite à la guitare, à la basse et à la batterie. Sa précocité se confirme et il joue professionnellement dès l’âge de 16 ans, collabore avec The Kool Gents, The Dells puis The Spaniels en 1958.
Il travaille ensuite autant avec des artistes de jazz (Woody Herman, Dizzy Gillespie) que des bluesmen (B.B. King), obtient un beau succès sous son nom avec You Can’t Sit Down qui dépasse le million d’exemplaires vendus en 1961, puis joue en 1965 sur l’album « Freedom Highway » des Staple Singers. Après son service militaire de 1965 à 1967, Phil Upchurch est engagé comme guitariste de studio par Chess et accompagne les bluesmen Howlin’ Wolf, Muddy Waters, Jimmy Reed et John Lee Hooker. Dans les années 1970 et 1980, il s’oriente davantage vers la soul, le R&B et le jazz tout en se diversifiant, et son nom figure aux côtés de Donny Hathaway, Ramsey Lewis, Quincy Jones, George Benson, Mose Allison, mais aussi de Michael Jackson et Cat Stevens, et, plus près de nous (en 2009), de Bob Dylan.
Malgré son activité intense comme accompagnateur, Phil Upchurch a trouvé le temps d’enregistrer environ 30 albums (dont 7 avec The Soulful Strings) entre 1961 et 2001. De tels CV sont rares dans le domaine des musiques afro-américaines.
Dave Riley, 18 mars 1949 – 4 janvier 2026
Depuis 2020, le chanteur-guitariste Dave Riley connaissait des problèmes de santé (Covid-19, AVC) qui ont finalement conduit à son décès à 76 ans. Natif d’Hattiesburg, Mississippi, il a grandi dans la région chez ses grands-parents et découvert le blues à la radio. Arrivé à Chicago en 1961, il chante du gospel puis du blues sur Maxwell Street, sert au Vietnam, fonde une famille, s’éloigne un temps de la musique et travaille comme gardien à la fameuse prison de Joliet où fut en partie tourné le film The Blues Brothers.
À son retour aux affaires musicales à la fin des années 1990, Riley s’associe à Frank Frost et Sam Carr pour former les Delta Jukes qui sortent en 2001 l’excellent album « Working for the Blues », marqué par la voix voilée et la guitare incisive de Riley. Ce dernier enchaîne sans attendre sous son nom avec « Whiskey, Money & Women » chez Fedora. Puis avec l’harmoniciste Bob Corritore, Dave Riley signe trois albums tous réussis : « Travelin’ The Dirt Road » (Blue Witch, 2007), « Lucky To Be Living » (Blue Witch, 2009) et « Hush Your Fuss! » (SWMAF/VizzTone, 2013).
Suivent en 2016 « House Party At Big Jon’s » (Delta Groove Music) de Big Jon Atkinson et Corritore, puis deux ans plus tard « Here I Am » (Blues R Us), partagé avec le guitariste José Luis Pardo. Dave Riley laissera l’image d’un bluesman attachant représentatif du Delta blues électrique.
Roscoe Robinson, 22 mai 1928 – 26 février 2026
Le chanteur Roscoe Robinson s’est éteint à l’âge de 97 ans. Originaire de l’Arkansas, issu d’une famille musicale, il débute sa longue carrière en chantant du gospel et inaugure sa discographie en 1950 avec le Southern Sons Quartette. Alors qu’il vit désormais à Gary, Indiana, il apparaît dans de nombreux groupes de gospel tout en se déplaçant régulièrement à Chicago, où il se lie avec Sam Cooke. Bien qu’il ne soit pas aveugle, Robinson remplace en 1960 Archie Brownlee au sein des Five Blind Boys of Mississippi. Ses liens avec Cooke le décident à se tourner vers la soul mais aussi l’écriture de chansons : l’une d’entre elles, Somewhere There’s a God, destinée au gospel, sera reprise en 1961 par Cooke sous le titre Somewhere There’s a Girl !
Robinson fonde son label Gerri Records et obtient son seul succès notable dans la soul avec That’s Enough qui se hisse à la septième place des charts R&B de Billboard en 1966. Trois ans plus tard, il s’installe à Birmingham, Alabama, et s’investit désormais dans la production en travaillant notamment pour le studio FAME à Muscle Shoals. Mais il revient aussi au gospel, enregistre trois albums entre 1972 et 1983, tout en participant à l’album « I’m A Soldier In The Army Of The Lord » (Peace International, 1982) de Clarence Fountain and The Original Five Blind Boys of Alabama.
Après avoir relancé son label Gerri, il signe d’autres disques jusqu’à un âge avancé, et en 2018 sur l’EP « Turn Right And Go Straight », Roscoe Robinson fait preuve à 90 ans d’étonnantes capacités vocales.
John Hammond, 13 novembre 1942 – 28 février 2026
Chanteur, guitariste et harmoniciste, John Hammond fut un acteur central du blues blanc américain au début des années 1960, ce qui correspond aussi au Blues Revival. Ces deux mouvements sont essentiels car ils ont permis de faire connaître le blues au-delà des frontières états-uniennes, en particulier en Europe. Né John Paul Hammond à New York, il voit finalement peu son illustre père John Henry Hammond, à l’origine des concerts « From Spirituals to Swing » en 1938 et de la première édition en album des chansons de Robert Johnson en 1961, entre autres. Ses parents se séparent en effet en 1948 et il est élevé par sa mère, et dès l’année suivante, il voit Big Bill Broonzy qui le fascine. Il apprend alors la guitare et l’harmonica, abandonne ses études universitaires pour se consacrer à la musique avec un intérêt marqué pour les différents styles de blues rural.
Il sort ses deux premiers albums en 1962 et 1963 et figure au programme cette année-là du Newport Folk Festival. Sur son deuxième album déjà remarquable, « Big City Blues », les guitaristes James Wild Jimmy Spruill et Billy Butler sont présents pour une des premières collaborations entre musiciens noirs et blancs. Jusqu’en 1967, Hammond se produit avec des membres de Levon Helm & The Hawks, qui deviendront The Band, mais aussi Michael Bloomfield, Charlie Musselwhite et même Bill Wyman. Il réalise ensuite plus de 30 albums généralement de qualité que nous ne pouvons détailler ici.
Son œuvre, consistante, est d’autant plus importante qu’il s’inscrit en passeur entre le blues rural traditionnel des pionniers et celui plus moderne initié dans les années 1950 à Chicago. John Hammond est décédé d’une crise cardiaque.
Mike Vernon, 20 novembre 1944 – 2 mars 2026
Disparu à 81 ans, Mike Vernon fut chanteur, musicien et parolier, mais il restera surtout dans l’histoire comme le principal producteur de l’âge d’or du blues britannique dans les années 1960. Natif d’Harrow en banlieue de Londres, il chante à l’église, découvre la musique en écoutant de la pop et du R&B, puis du classique et du jazz, enfin du rock & roll ! Inévitablement, ses goûts éclectiques le mènent au blues. Avec un compatriote tout aussi passionné, Neil Slaven, il voit les précurseurs Alexis Korner et Cyril Davies, ainsi que des artistes en herbe qui se feront connaître au sein de Yardbirds et des Rolling Stones. Convaincu que la musique sera sa voie, il contacte des labels, et quelques jours avant ses 18 ans en 1962, il est engagé par Decca et accède rapidement aux rouages de la production.
Très actif, Vernon écrit aussi des chansons et lance un groupe de R&B à l’existence éphémère, The Mojo Men. Après avoir produit son premier album en 1963, « In London » par le chanteur-pianiste afro-américain Curtis Jones, il fonde l’année suivante avec Slaven R&B Monthly, la deuxième revue consacrée au blues dans le monde après Blues Unlimited (1963). Le duo crée enfin en 1965 le label Blue Horizon, pour lequel enregistrent à la fois des artistes afro-américains et britanniques du British Blues Boom. En plein Blues Revival aux États-Unis, cela contribue notablement à la reconnaissance planétaire du blues.
Bien entendu, Vernon, qui continue de travailler pour Decca, frappe les esprits en produisant le célèbre album « Blues Breakers: John Mayall With Eric Clapton ». Outre Mayall, il œuvre pour les principales formations du blues britannique tout en se diversifiant (premier album de David Bowie en 1967 chez Deram). Mike Vernon mène en parallèle à partir de 1971 une carrière sous son nom, fonde les labels Code Blue et Indigo, avant de prendre sa retraite en 2000 en Espagne. Il en sort de temps à autre pour aider de jeunes artistes britanniques et enregistrer trois albums très blues en 2015, 2017 et 2018.
Cicero Blake, 20 février 1938 – 3 mars 2026
Natif de Jackson, la capitale du Mississippi, Cicero Blake joua un rôle significatif dans la soul puis dans un registre plus soul blues, mais sans grand succès. Ce serait toutefois dommage d’oublier ce beau chanteur exemplaire et stylé. Installé dans le West Side de Chicago au début des années 1950, il débute au chant à l’église puis apparaît dans un groupe de doo-wop, les Golden Tones, qui deviennent ensuite les Kool Gents. Dans un registre désormais plus axé sur le R&B et la soul, il sort à compter de 1961 pour de petits labels des singles qui se vendent mal. Deux faces pour Brunswick en 1971, A Woman Needs to Be Loved et You Got Me Walking, auraient mérité un meilleur sort, mais elles seront éditées seulement une trentaine d’années plus tard.
Cela n’empêche pas le chanteur de persévérer et de rester actif dans le sud où le style soul blues est particulièrement apprécié. Il sort une demi-douzaine d’albums entre 1988 et 2013, parmi lesquels « Wives Night Out » (Ace, 1996), « Stand By Me » (Ace, 1998), « Here Comes The Heartache » (compilation, Grapevine, 2006) et « I’m Satisfied » (CDS, 2010) nous semblent très recommandables. Au sommaire du numéro 183 de Soul Bag en 2006, Cicero Blake a continué de se produire jusqu’à la fin, malgré une santé déclinante dans ses dernières années.
Barbara Carr, 9 janvier 1941 – 15 avril 2026

Élégance, voix sensuelle et grainée, cette chanteuse avait les atouts pour s’imposer sur la scène soul et R&B dès les années 1960. Le succès viendra toutefois plus tard quand elle axera davantage son registre vers le soul blues et le blues. Originaire de Saint-Louis, Missouri, Barbara Carr (née Barbara Jean Crosby) grandit dans un univers musical. En effet, ses parents sont pianistes et elle chante à l’église avec ses sœurs. Barbara lance d’ailleurs avec deux d’entre elles les Crosby Sisters, puis à la fin des années 1950 les Comets, actives durant trois ans. Mariée à 18 ans avec Charles Carr, elle le suit à Colorado Springs où elle fonde une famille, et à 22 ans, elle est mère de trois enfants.
Elle fait donc une pause musicale, mais une fois de retour à Saint-Louis, elle rencontre le multi-instrumentiste, chef d’orchestre et producteur Oliver Sain Jr., qui l’engage pour remplacer Fontella Bass dans sa revue. Malgré quelques singles pour Chess entre 1966 et 1972, le succès commercial ne suit pas, et comme son mari tombe malade, elle donne la priorité à sa famille. En 1982, le couple crée le label Bar-Car, avec de nouvelles faces qui débouchent sur le premier album de la chanteuse en 1989, « Good Woman Go Bad », suivi de « Street Woman » en 1992. Après sa signature en 1996 pour Ecko Records, sa discographie s’étoffe rapidement avec huit albums pour ce label, puis cinq autres pour différentes marques.
Parmi ses albums des années 2000 plus orientés soul blues et blues, nous retenons « On My Own » (Bar-Car, 2002), « Down Low Brother » (Ecko, 2006) et « It’s My Time… » (Ecko, 2007).
Bobby Murray, 9 juin 1953 – 30 avril 2026
Les causes de la mort de Bobby Murray, survenue alors qu’il avait 72 ans, n’ont pas été révélées. Il fait partie des guitaristes importants de la scène blues californienne. Robert « Bobby » Murray est né sur la base américaine de Nagoya au Japon, d’un père d’origine irlandaise et d’une mère japonaise. À Lakewood en banlieue de Tacoma dans l’État de Washington, il fréquente Robert Cray, avec lequel il fonde un groupe, Steakface, actif jusqu’en 1973. Les deux jeunes artistes se retrouvent ensuite à San Francisco où ils jouent dans les clubs. Murray se produit avec d’autres bluesmen dont Albert Collins, Charlie Musselwhite, Jimmy Witherspoon et John Lee Hooker.
En 1988, il rejoint Etta James. Il reste avec elle jusqu’à sa mort en 2012, tout en étant présent sur deux de ses albums récompensés de Grammy Awards, « Let’s Roll » (2003, Private Music) et « Blues to the Bone » (2004, RCA Victor). Un autre Grammy était tombé dans son escarcelle grâce à sa participation en 1993 avec Robert Cray à la chanson Playin’ With My Friends sur l’album « Blues Summit » de B.B. King.
Murray est très sollicité, à la télévision, aux Jeux olympiques d’été de Barcelone en 1992 ou pour l’investiture de Bill Clinton. Une fois installé à Detroit, Michigan, il trouve le temps de sortir des disques sous son nom : les albums « The Blues Is Now » (1996, Viceroots), « Waiting For Mr. Goodfingers… » (1999, No Cover Productions), « Live & Lowdown! » (2006, No Cover Productions), « I’m Sticking With You » (2013, autoproduit), et l’EP 6-titres « Love Letters From Detroit » (2021, autoproduit).
Lee Allen Zeno, 16 octobre 1954 – 3 mai 2026
Une leucémie a eu raison de ce bassiste (chanteur et guitariste ponctuel), parti à 71 ans. Pas d’enregistrement sous son nom pour Lee Allen Zeno, mais une omniprésence sur la scène louisianaise dans les secteurs du blues, du R&B, de la soul, du funk et du zydeco. Élevé à Carencro en banlieue de Lafayette, Zeno découvre la musique très jeune, bien aidé par un frère et un cousin qui lui apprennent les rudiments de la guitare et de la basse. Après avoir joué avec Fernest Arceneaux et Rockin’ Dopsie, il rencontre Buckwheat Zydeco, sans doute au début des années 1970, départ d’une longue collaboration qui cessera seulement avec la mort de Buckwheat en 2016. La formation sortira une vingtaine d’albums souvent excellents, parmi lesquels « Lay Your Burden Down » (Alligator, 2009), qui obtiendra un Grammy Award.
À la fin des années 1980, Buckwheat et Zeno tournent avec Eric Clapton et sont au programme des plus grands festivals. Zeno fait aussi partie des invités lors de l’investiture de Bill Clinton (1993), puis participe à la cérémonie de clôture des Jeux olympiques d’été d’Atlanta (1996). Il serait réducteur de résumer son rôle au seul zydeco, et Zeno a travaillé avec bon nombre d’artistes dont Denis Landry, Soul Unlimited, Barbara Lynn, Irma Thomas, Scott Billington, Bobby Parker, Mark « Kaz » Kazanoff, Robert White, Guitar Shorty, Carol Fran, Clarence Hollimon, Charlie Rich, L’il Brian and the Zydeco Travelers, Phillip Walker, Carl Weathersby, The Holmes Brothers, Marcia Ball, Paul « Lil’ Buck » Sinegal, John Trahan, Corey Ledet.
En 2024, avec le groupe du fils de Buckwheat (Buckwheat Zydeco Jr. & The Legendary Ils Sont Partis Band), Lee Allen Zeno a remporté un deuxième Grammy Award pour l’album « New Beginnings… » (Bloodline Music).
Clarence Carter, 14 janvier 1936 – 13 mai 2026
Il était très âgé (90 ans), mais un cancer de la prostate et une pneumonie se sont en plus alliés pour mettre fin à la vie de Clarence Carter, acteur important de la soul sudiste des années 1960 et 1970. Né aveugle à Montgomery, Alabama, il apprend d’abord le piano classique, puis la guitare à l’âge de 9 ans en écoutant du blues. Durant ses études qui lui vaudront en 1960 l’obtention d’un diplôme en musique qui équivaut à la licence Française, il chante et joue de la guitare, mais il compose aussi des arrangements et des partitions en braille.
Désireux de s’investir comme artiste, il fonde un groupe avec le chanteur-pianiste Calvin Scott, qui sort en 1961 et 1962 sous le nom de Calvin and Clarence deux singles pour Fairlane, puis quatre autres en tant que C & C Boys pour Duke. En 1965, les deux hommes enregistrent au studio FAME et pour Atco, mais Calvin Scott, victime d’un grave accident de la route l’année suivante, laisse Clarence Carter poursuivre seul sa carrière. Après avoir placé sa chanson Tell Daddy de 1966 dans les charts R&B de Billboard, il signe chez Atlantic fin 1967. Le succès vient très vite avec la chanson Slip Away (tirée de son premier album en 1968, « This Is Clarence Carter ») qui atteint la 2ème place des charts, puis avec Too Weak To Fight, numéro 3 l’année suivante.
En 1970, Carter épouse Candi Staton, qui l’a choisi car elle pensait que sa cécité l’empêcherait de regarder les autres femmes, mais ils divorceront en 1973 à cause de l’infidélité de Carter ! Ce dernier se distingue encore avec Patches en 1970 (n°2 des charts R&B, n°4 du Hot 100) et s’engage avec Fame puis ABC, mais face à la vague du disco, ses succès se raréfient. Au tournant des années 1980 et 1990, il relance un peu sa carrière avec quelques albums remarqués pour Ichiban. Doté d’une voix impressionnante de baryton, Clarence Carter n’a jamais renoncé malgré des ennuis de santé en fin de carrière.
Eric Noden, 1969 – 15 mai 2026

Le chanteur-guitariste Eric Noden, compagnon de route du chanteur-harmoniciste Joe Filisko, est mort brutalement à 56 ou 57 ans. Né à Munroe Falls dans l’Ohio, il apprend la guitare avec son père qui lui transmet le virus du Country blues acoustique. Il déménage en 1994 à Chicago, où il enseigne la guitare à la Old Town School of Folk Music et rencontre Joe Filisko. Ils forment leur duo un peu plus tard, en 2003, avec un répertoire qui puise dans celui des pionniers des années 1920 et 1930 en explorant les différents courants.
Noden est l’auteur de deux albums sous son nom pour Diving Duck Records, « 55 Highway » (1998) et « Midwest Blues » (2003), puis de six autres avec Filisko, le premier pour le même label (« Live », 2006), alors que les suivants sont autoproduits : « I.C. Special » (2009), « Missed Train Blues » (2012), « On The Move » (2015), « Destination Unknown » (2018) et « Let’s Go » (2024). En 2011, Noden produit l’album de Billy Boy Arnold « Sings Big Bill Broonzy » (Electro-Fi).
Citons enfin en 2015 « Solid Ground » (autoproduit), un disque dans une formule inhabituelle. Noden s’exprime en effet en version électrique, avec, outre Filisko, une section rythmique royale constituée du bassiste E.G. McDaniel et du batteur Kenny « Beedy Eyes » Smith ! Ces dernières années, Eric Noden et Joe Filisko s’étaient fait connaître lors de tournées en Europe.
Elmore James Jr., 21 août 1939 – 15 mai 2026

Le fils d’Elmore James a quitté ce monde à 86 ans. Chanteur-guitariste comme son illustre père, il naît en fait Earnest Johnson près de Tupelo, Mississippi. Il porte en effet le nom de sa mère, Nora Mae Johnson, car elle l’a enfanté à la suite d’une aventure passagère. Elle lui présentera son père seulement au début des années 1950, qui prendra le temps de lui apprendre à chanter et à jouer de la guitare, évidemment dans son style.
Après des débuts dans un groupe orienté rock, The Brigadiers of Jackson, Elmore James Jr. vient à Chicago en 1965 et se produit dans les clubs, souvent avec les Aces des frères Myers. En 1981, il apparaît sur trois chansons de la compilation « John Vincent presents: Genuine Mississippi Blues » (Ace). Enfin, Elmore James Jr. a sorti un album en 2008 chez JSP, « Daddy Gave Me The Blues ».
Sonny Rollins, 7 septembre 1930 – 25 mai 2026
Il n’est sans doute aucun superlatif qui n’ait été utilisé pour qualifier le saxophoniste Sonny Rollins, qui a rejoint Miles Davis dont nous fêtions ce 26 mai 2026 le centenaire de la naissance. En partant la veille, Rollins était sûr de ne pas être en retard. Le jazzman évoluait certes en marge de l’objet de Soul Bag, mais un artiste de sa stature culbute les confins des styles, et Sonny Rollins restera comme une des principales figures de la musique contemporaine. Tout n’était pourtant pas écrit pour l’enfant de Harlem qui découvre le saxophone en écoutant Louis Jordan, aux débuts chaotiques entre séjours derrière les barreaux et consommation d’héroïne, avant des années 1950 qui favorisent une relative stabilité, notamment au sein de l’orchestre de Miles Davis.
Et puis, le 22 juin 1956, il y a l’enregistrement de « Saxophone Colossus » (qui lui donnera son surnom) avec l’incroyable Max Roach aux fûts, même si les autres accompagnateurs, Tommy Flanagan au piano et Doug Watkins, sont loin d’être des faire-valoir. Un monument sur lequel éclate cette inventivité débridée qui caractérise Rollins, qui trouvera son prolongement dans son incroyable sens de l’improvisation sur scène. À partir de cette pierre angulaire, l’inspiration du saxophoniste ne sera jamais prise en défaut, jamais tarie. Mieux, il la régénérera, la rafraîchira, la revitalisera sans cesse. Sonny Rollins détenait la clé : il s’abreuvait à la fontaine de Jouvence.
Textes : Daniel Léon
Photo d’ouverture : Clarence Carter, Chicago en 2015 © Brigitte Charvolin