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Live report / 24.04.2018

Naturally 7

Du gospel au doo-wop, le format a cappella a longtemps joué un rôle majeur dans les musiques afro-américaines, et, des Persuasions dans les années 1970 à Take 6 à partir des années 1990, la tradition continue à être vivante, à défaut d’être particulièrement visible. C’est dans cette lignée que s’inscrit, depuis bientôt vingt ans, Naturally 7, avec un style mêlant beat-boxing, imitation vocale d’instruments et harmonies. Visiteurs réguliers des scènes françaises, l’ensemble, dont cinq des sept membres étaient présents dès la fondation du groupe en 1999, ne s’était pas produit à Paris depuis quelques années, et c’est une salle moyennement remplie, mais très enthousiaste, qui les attendait.

Il y a quelques années, une vidéo filmée dans le métro parisien où on les voyait interpréter In the air tonightde Phil Collins leur avait permis de se faire remarquer sur Internet, et c’est avec leur version de ce titre, rebaptisé Feel it (In the air tonight), que le concert démarre. Le genre ne tolère pas l’approximation et la précision des arrangements vocaux frappe immédiatement, d’autant qu’ils se combinent avec des chorégraphies très élaborées. Ce côté sophistiqué, très “à l’américaine” pourrait rendre l’ensemble un peu froid, voire stérile, mais l’enthousiasme des chanteurs leur permet d’emporter immédiatement l’adhésion, sur un répertoire mêlant titres extraits de leur répertoire propre et reprises bien choisies, comme le River of Babylondes Melodians ou le While my guitar gently weepsde George Harrison, occasion d’un duel d’imitations de guitare particulièrement bluffant.

Le côté technique ne prend cependant jamais le pas sur la musique, et la virtuosité, impressionnante, ne cède jamais à la démonstration. Même si le fondateur Roger Thomas est le leader évident du groupe, il n’en est pas le principal chanteur, chaque membre contribuant à son tour. En dehors de la voix de basse de Kelvin Mitchell, un des derniers arrivés au sein de l’ensemble, aucun soliste ne se détache particulièrement et c’est la qualité des harmonies qui fait la force de l’ensemble, comme l’illustrera un medley de tubes de Simon & Garfunkel interprété sans micros. Le répertoire est agréablement varié, passant sans transition inutile de Rapper’s delightà Going home, un extrait de la Symphonie du Nouveau Mondede Dvořák.

Dans la salle, l’ambiance ne cesse de monter, et le groupe peine à quitter la scène. Après un premier set de quarante-cinq minutes, le second dépasse l’heure ! En rappel, après une jolie version du Fix youde Coldplay, l’ensemble décolle totalement sur une version à rallonge deReady or not, un pastiche Motown – avec la chorégraphie – très réussi et repris à pleine voix par le public, et il faut toute l’autorité du patron Roger Thomas, qui déclare que « toutes les bonnes choses doivent avoir une fin » pour convaincre ses collègues de quitter la scène alors que, stimulés par des chants venus de la fosse, certains commencent à improviser sur le riff du Seven nation armydes White Stripes ! Parfois un peu ennuyeux sur disque, c’est vraiment sur scène que Naturally 7 donne sa pleine dimension…

Frédéric Adrian