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Live reports / 21.02.2023

Ezra Collective, Trabendo, Paris

14 février 2023.

L’explosion en cours de la scène jazz britannique s’est accompagnée de la révélation de fortes individualités, comme Nubya Garcia ou Shabaka Hutchings, mais aussi de l’émergence de groupes souvent emmenés par un leader charismatique comme Kokoroko, dirigé par Sheila Maurice-Grey, ou SEED., piloté par Cassie Kinoshi. C’est dans cette catégorie que s’inscrit Ezra Collective, avec le batteur Femi Koleoso aux commandes, son frère TJ Koleoso à la basse, Joe Armon-Jones aux claviers, James Mollison au saxophone et Ife Ogunjobi à la trompette. Malgré leur emploi du temps chargé – Femi Koleoso est le batteur régulier de Jorja Smith et Joe Armon-Jones est omniprésent sur les disques de ses collègues, de Nubya Garcia à Moses Boyd… –, le groupe est un habitué des scènes françaises et s’est constitué une communauté fidèle de fans enthousiastes, au point que le Trabendo affiche complet pour cette nouvelle visite. 

TJ Koleoso, Joe Armon-Jones

Un peu après 20h30, les lumières s’éteignent, mais c’est un enregistrement dub qui se fait entendre avant que retentisse la voix de TJ Koleoso expliquant, comme sur l’album “Where I’m Meant To Be”, l’importance de la musique pour lui, suivie, en direct cette fois, par les deux cuivres et sa basse. C’est cependant l’arrivée de Femi Koleoso derrière ses fûts qui signale le début du concert proprement dit, avec une version immédiatement percutante d’Ego killah, un des titres du dernier disque. 

Ce qui suit dépasse le format habituel d’un concert : plus qu’un récital où il enchaînerait ses titres, c’est une sorte de grand mix que propose le groupe. En dehors de quelques interventions parlées de son leader – en particulier pour alerter sur les difficultés économiques que rencontrent en ce moment les groupes qui souhaitent tourner et rappeler l’importance du soutien financier des fans, par le biais de l’achat de disques et de merchandising –, les morceaux s’enchaînent sans interruption, et le groove évolue parfois au cœur même d’un même titre. 

Le répertoire des deux albums constitue évidemment le cœur du programme – et les titres de “Where I’m Meant To Be” prennent une autre dimension, débarrassés des invités un peu encombrants de l’album, mais le groupe ne s’interdit pas de citer ses influences, explicitement ou non, avec un hommage à De La Soul quelques jours après le décès de Trugoy (Stakes is high) et des références à Sun Ra ou à Fela (Teacher don’t teach me nonsense).

Ife Ogunjob
TJ Koleoso, Joe Armon-Jones, Ife Ogunjobi

Musicalement, le son se balade entre afrobeat et dub, tandis que les solos des différents musiciens – tous impeccables – rappellent l’ancrage jazz de l’ensemble. Très attentif et impliqué, le public réagit au quart de tour à chaque sollicitation, et n’a pas besoin d’être prié pour reprendre à pleine voix, sur la base d’une courte citation, le refrain du World a reggae d’Ini Kamoze (« Out in the street they call it murder… »). Le groupe répond à l’énergie que lui envoient les spectateurs, non sans humour quand il s’agit de changer de tenue pour s’affubler de maillots du PSG, et tant les cuivres que le bassiste passent un long moment à jouer au cœur de la fosse, renforçant le sentiment de communion dans la salle.

Au bout de quasiment deux heures, et après un final enchaînant São Paulo, Juan Pablo puis Chapter 7 (un des titres de leur premier EP) pris sur les chapeaux de roues, le groupe quitte la scène, sans rappel mais après un long moment passé à serrer la main des fans qui se pressent au premier rang. Lors d’une de ses interventions, Femi Koleoso demande aux spectateurs de la soirée de parler du groupe (déjà annoncé cet été à Jazz à Vienne…) à leurs amis afin de garantir la possibilité de revenir rapidement en concert à Paris, espérons que le message sera largement transmis !

Texte : Frédéric Adrian
Photos © Elina Tran

James Mollison
Femi Koleoso
Ezra CollectiveFrédéric AdrianTrabendo