;
Live reports / 10.05.2024

D.K. Harrell, Banana Peel, Ruiselede, 2024

Belgique, 6 mai 2024.

L’ex-grange historique, vrai barrelhouse niché dans la campagne flamande, accueillait en sold out (210 spectateurs) une des étoiles montantes du blues électrique accompagné de son propre band cuivré (trompette, sax ténor) et d’un claviériste Hammond (avec cabine Leslie).

Autant j’avais apprécié son album à quelques réticences près, autant ce même répertoire – ici élargi sur deux sets – m’a conquis davantage tout en me confortant dans mes réserves. Ce jeune bluesman constitue un anachronisme vivant : c’est le B.B. King à l’imposant physique du mitan des années 1960, époque ABC-Paramount, réincarné avec talent, certes, mais jusqu’au plus petit mimétisme. Le costume trois pièces étriqué, les poses, la Gibson SG 365 en bandoulière, le tempo ou l’emphase marqué des poings, le sound et les accords du maître et cette voix modulée “churchy”, à la fois haut placée, puissante et sermonnante en introduction de certains morceaux : j’ai particulièrement aimé son intro parlée, sur fond de piano, à Ain’t nobody’s business évoquant la confiscation devos données personnelles et activités à des fins commerciales.

En finale, il ira même jusqu’à distribuer des plectres gravés à son nom. Mais pas de signature musicale identifiante. “Trop jeune (26 ans)” me direz-vous. D’accord, mais pourquoi une telle modélisation artistique et physique sur le maestro ? Et puis, en rappel prolongé bien au-delà du couperet imposé de 23 h et sous le regard bienveillant du patron du lieu, notre prodige s’est lâché sans guitare ni veston dans un répertoire soul tout aussi ‘60s, dansant et transpirant comme les meilleurs soulsters de l’époque. Était-ce une façon de sortir de son personnage ou de tester un futur artistique ?

Texte : André Hobus
Photos © André et Liliane Hobus

concertD.K. Harrell