Selwyn Birchwood, Electric Swamp Funkin’ Blues
09.06.2026
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Dix ans après son précédent essai studio, on est frappé de constater à quel point le vétéran Lil’Ed Williams (71 ans au compteur) a conservé intactes toutes les qualités qui le caractérisent : un sens de l’immédiateté typiquement Chicago blues ; un sound tendu, râpeux, sauvage ; la capacité à délivrer une ambiance festive et conviviale. Sans rien révolutionner, ″Slideways″ s’impose par la franchise de son propos et la sûreté de son interprétation. La voix, toujours aussi puissante, a ce grain éraillé, cette manière de mordre la phrase sans la durcir, qui donne du nerf aux boogies et du poids aux plages lentes. Chez Lil’Ed, l’énergie va toujours de pair avec un sens aigu de la nuance, de la dynamique.
Que ses fans soient rassurés : le disque s’articule aussi autour des ruades de slide du maestro. Williams délivre une sonorité acérée, rouillée, presque coupante, avec un vibrato bref, un mordant constant, une attaque brutale qui assume sa filiation pleinement assumée du côté d’Elmore James et surtout de son mentor J.B. Hutto. La slide n’habille pas le morceau : elle l’ouvre, le tire, le relance. Sur les shuffles, elle fouette le tempo ; sur les slows blues, elle amplifie la tension et met en relief le caractère mélodramatique des textes. Comme d’habitude, Bruce Igluaer a su trouver les mots justes en qualifiant cette musique, si instinctive, si viscérale, de « joyous blend of smoking slide guitar boogies, raw-boned shuffles, and heart-stopping slow blues ».
Les paroles, sans prétention littéraire particulière, vont à l’essentiel : affaires de cœur mal engagées, usure du couple, femmes imprévisibles, désillusions ordinaires, avec par endroits une tendance au commentaire social. Bad All By Myself, Cold Side Of The Bedou Crazy Love Affair parlent de solitude, de manque et de relations affectives à la dérive ; Wayward Women et You Can’t Strike Gold From A Silver Mine évoquent avec humour les risques qu’il vaut mieux ne pas prendre avec la gent féminine ; Homeless Blues et What Kind Of World Is This ?, plus sombres, abordent le naufrage de l’Amérique actuelle, celle des déclassés, des laissés pour compte, de plus en plus nombreux. Rien de neuf, au fond, mais une manière, un son, une autorité qui tranchent avec le conformisme ambiant. Et cela suffit largement à notre bonheur.
Ulrick Parfum
Note : ★★★ ½
Genre : blues
Label : Alligator Records
Sortie : 26 février 2026