Grey DeLisle & Les Green, Grey & Greene
19.08.2026
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Note : ★★★★ ½
Label : Provogue
Genre : Blues & Jazz
Robben Ford a toujours érigé l’exigence au rang de vertu cardinale. Cette rigueur, ce sens exacerbé du détail, s’expriment de différentes manières, de la plus anodine — un sticker apposé sur la pochette pour corriger un crédit incomplet, ″Special thanks to Shamil Bakhtiyarov for co-writing Make my own weather″, le formidable single placé en ouverture — à la plus fondamentale : changer de studio, d’orchestre et d’orientation stylistique lorsque le résultat ne répond pas à ses attentes.
Conçu à l’origine comme un hommage à Jeff Beck concocté dans l’Indiana avec une équipe de requins-tueurs — Larry Goldings aux claviers, Darryl Jones à la basse et Gary Husband à la batterie —, le disque ne conserve finalement de ces sessions que trois plages (on brûle tout de même d’écouter les outtakes…). Ford l’a complété par une session londonienne ayant donné naissance à cinq chansons, dédiée cette fois à Alexander Dumble, fabricant des légendaires amplis californiens. Deux versants d’une même montagne, l’un chanté, l’autre instrumental ; deux nuances de bleu qui euphémisent l’incroyable polyvalence d’un Robben Ford dont on peine à croire qu’il est entré dans sa 75e année : phrasé agile, voix souple et claire, mordant intact.
Après le cinglant Make my own weather, bouillonnant funk-rock où Ford fait crier d’aise sa nouvelle Les Paul ’52, l’Américain enchaîne sur une reprise complètement revisitée du Jealous Guy de John Lennon — refrain pêchu façon deep-soul, chorus en son clair, brisures d’accords d’une finesse absolue — puis sur une douceur pop-rock en forme de clin d’œil implicite à Springsteen (Perfect illusion et son piano à la Roy Bittan) avant de régler son compte au classique de Jesse Mae Robinson, Black night, popularisé par Charles Brown, remarquable d’intensité. La face B démarre sur les chapeaux de roue avec un Two shades of blue d’anthologie, petit bijou de blues-jazz californien et probable futur classique scénique. Enfin, les trois morceaux rescapés du tribut à Beck naviguent en territoire jazz fusion, incorporant soul-jazz, surf claquant et grooves à la Meters. Partout, comme un liant permettant à la recette de garder sa cohérence, les arrangements de cuivres enrobent des solos de guitare au son fuselé et au toucher magique, pleins de grâce, d’émotion et d’alacrité.
Un grand disque, que l’on remet sans cesse sur la platine tant il offre de richesses à explorer.
Ulrick Parfum
Sortie : 27 mars 2026