Big Harp George, No Short Cuts
24.09.2026
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Note : ★★★ ½
Genre : blues symphonique
Label : Decca
Ce disque fera parler. Entre ceux qui vont dire qu’il sort le blues de son monde rustique et les autres qui se gausseront de son approche, ça devrait bruisser dans le microcosme. Prenons le parti de ne pas douter de la sincérité de Morgan Freeman, un acteur dont les films nous font y croire, et de se réjouir de l’opportunité offerte par la visibilité apportée par celui qui a incarné Nelson Mandela aux artistes qui participent à ce projet mêlant un orchestre symphonique, le Chineke! Orchestra, spécialiste du franchissement de frontière, et le blues en tant que musique identitaire d’une population appelée par l’acteur à la revendiquer et en être fière.
C’est le Ground Zero Blues Band qui porte ce versant du projet, avec Anthony ʺBig Aʺ Sherrod, Keith Johnson, Lady Adrena, Mark Yacovone, et d’autres encore, et les invités Keb’ Mo’, Taj Mahal, Tierinii Jackson, Alvin Youngblood Hart, Shemekia Copeland. A l’écoute, on peut se poser des questions : les morceaux sont relativement courts ; les instruments typiquement blues ont du mal à se faire une place face à l’orchestre symphonique ; les notes bleues semblent gommées ; si le discours des concepteurs du projet et du dossier de presse parle de delta blues, celui-ci est finalement peu présent dans le répertoire, les reprises d’Albert King, des Staples Singers, de Nina Simone, de BB King, Terry Gibbs, le laissent penser.
Il y a des ratés, la reprise de Love me or leave me, des réussites, celle de Traveling riverside blues où l’orchestre doit envoyer du bois pour tenir la comparaison avec la puissance vocale de Shemekia Copeland, et, globalement, un côté attachant, avec une sorte d’ambiance cinématographique qui se dégage, par l’orchestration, la dramaturgie, la sophistication, toutes exacerbées dans le dernier morceau, justement repris à la bande-son du film ʺSinnersʺ. L’esthétique soignée du film et de l’album sont finalement proches, ce qui n’est sans doute pas un hasard à une époque où il est bon et utile de positiver le blues et son image.
Pour cette seule raison, s’il en faut une, ce projet mérite notre attention.
Christophe Mourot
Sortie : 25 septembre (CD) et 16 octobre (vinyle) 2026