Tab Benoit, Blues Master live
23.10.2026
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Note : ★★★★
Label : Experience Hendrix – Legacy Recordings
Genre: rock
L’état de manque occasionné par le décès prématuré d’Hendrix, amplifié par la puissance de son héritage, est tel que nous en sommes réduits à nous enthousiasmer (car oui, cette sortie, première sortie (quasi…) intégrale du 1er set donné à Berkeley le 30 mai 1970, est un petit événement) devant des enregistrements dont l’ambition, à l’origine documentaire, n’avait jamais été d’endosser une dimension patrimoniale. Étant donné son niveau d’exigence, Jimi aurait été horrifié d’apprendre que ces prestations « de l’instant », sauvages, brutes (justesse défaillante, aléas techniques) et d’une témérité hallucinante (titres encore en rodage, riffs expérimentaux, improvisations intrépides) soient jetées en pâture au grand-public puis analysées telles les reliques du Saint Suaire.
Oui, sauf que Jimi était un génie et qu’il nous manque. 56 ans après sa mort, l’enfant de Seattle sonne toujours aussi vivant. Peut-être même encore un peu plus, tant son intensité magnétique, son souffle créatif et sa générosité sans calcul ni protection apparaissent en complet décalage avec notre époque. La publication de ce live constitue donc une magnifique bouffée d’air (chaud). Après avoir dû nous substanter de pirates au son rugueux, la formidable entreprise de rénovation d’Eddie Kramer (qui a retravaillé le mix à partir des bandes multipistes originales, sans coupure ni tripatouillage) nous permet de redécouvrir un set ivre de liberté et d’urgence, donné dans le chaudron de la révolte étudiante sixties devant un public survolté (des milliers de spectateurs durent être refoulés faute de place par un service d’ordre complètement dépassé).
Chaque note compte avec Jimi mais on citera tout de même les relectures fiévreuses de Red house ou Hear my train a comin’ (les deux blues lents dans lesquels il adorait s’immerger), Voodoo Child (Slight return), étiré sur plus de 12 minutes orgiaques, la reprise priapique de Johnny B. Goode (immortalisée dans le film ″Jimi Plays Berkeley″), les alors tous récents Machine gun et Message to love (parus deux mois avant dans ″Band Of Gypsys″) ainsi que deux titres encore inédits à l’époque : Freedom et Ezy rider, dont les versions studio seraient publiés à titre posthume sur ″Cry Of Love″ (1971).
Rarement Jimi aura sonné si cru et si violent que durant ces deux sets (le second a été publié en… 2012 – la capharnaüm éditorial continue), bien secondé par Billy Cox, solide comme un roc, et Mitch Mitchell, plus Elvin Jonesien que jamais. Deux bémols : l’omission de Foxy lady (malgré sa qualité sonore inférieure) et l’absence des répétitions de l’après-midi, pourtant captées professionnellement par l’équipe de Bill Graham. Une hérésie pour les fans-complétistes, qui n’auront d’autre choix que de conserver leur(s) précieux bootleg(s).
Ulrick Parfum
Date de sortie : 16 octobre 2026