Grace Potter, Trespasser
07.09.2026
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Note : ★★★★★ Le Pied !
Label : CMG / Dos Leones Records
Genre : Country-soul
Après plus de 20 ans de carrière et déjà 8 albums derrière lui, le chanteur-compositeur californien délivre avec ″Songs For The Heavy Hearted″ son meilleur essai à date, une merveille country-soul concoctée avec soin par les producteurs David Resnik et Niko Bolas (Neil Young) et une équipe dont l’énumération donne le tournis : Doug Pettibone aux guitares (Lucinda Williams), Stella Mozgawa à la batterie (Kurt Vile), Reggie Hamilton à la basse (Seal, Queen Latifa), Gabe Witcher au fiddle (Punch Brothers), Phil Parlapiano aux claviers tout-terrains (accordéon, Wurlitzer, Rhodes ; John Prine) et Dave Palmer au piano (Solomon Burke), complétés d’invités triés sur le volet (Allison Russell, Steve Earle, Grey DeLisle, Garrison Starr).
Cette débauche de moyens resterait vaine sans la formidable humanité qui émane des chansons de Chris Pierce, sans cette fibre sociale vissée au cœur d’une vie difficile et sa capacité d’observation sans pareille, d’une envergure similaire à celle des pamphlets de Woody Guthrie, Bob Dylan (dont l’influence prend la forme d’un harmonica lancinant), Curtis Mayfield (la conscience politique, exprimée sans lourdeur – sous l’apaisement formel gronde la colère) ou Bob Marley (la portée universelle des paroles). Cet opus constitue une immense bouffée d’air frais et d’espoir à l’ère du trumpisme triomphant, dans ce monde où les laissés pour compte, les hommes et les femmes ″Au Cœur Lourd″, semblent tout bonnement rayés de la carte. Pas seulement délaissés, carrément oblitérés. Un disque de lutte, de résilience, de courage, d’ombres et de lumière, de recueillement, d’empathie et de poésie (les textes sont somptueux, énoncés d’une voix claire et sans outrance, comme posée là, en signe d’évidence).
Les titres parlent d’eux-mêmes : l’immaculée Madonna of the San Joaquin (son violon obsédant, son bourdon de guitare au trémolo), consacrée aux immigrants Américains ; la dylanienne et si poignante It ain’t ever wrong to be free (dont le titre résonne comme un slogan protestataire des sixties) ; Kalief Browder, interprétée avec Allison Russell, revient sur l’histoire du jeune homme détenu à Rikers Island pendant plus de trois ans sans avoir été jugé, après une accusation de vol qu’il contestait. Autre sommet d’un recueil bourré d’âme, la ballade Two angels, défendue avec Steve Earle, cet éternel révolté qui porte, lui aussi, ses innombrables cicatrices en bandoulière.
Chef d’œuvre.
Ulrick Parfum
Date de sortie : 21/08/26