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Live reports / 01.10.2019

Baby Rose + Snoh Aalegra, La Gaité Lyrique, Paris

20 septembre 2019.

Que la tête d’affiche nous pardonne mais le fait marquant de la soirée eut lieu avant son set. La première date française de Baby Rose. Une chanteuse et songwriter d’Altanta qu’on ne connaissait pas il y a quelques mois. Des premiers singles nous ont agrippé l’oreille début mai et son premier album, “To Myself” paru fin août, a confirmé l’émergence d’un talent à part (cf. chronique). On ne s’attendait pas à la voir si tôt sur scène. Belle aubaine et défi à relever : investir la large scène de la Gaité seulement accompagnée de deux musiciens devant un public qui n’est pas venu pour elle.  

Pas le plus simple dans la mesure où sa soul écorchée s’interdit toute facilité clinquante. Mais cette voix… Grave, profonde, posée, ardente et distillée avec un savoir-faire dont on dispose rarement à 25 ans. La salle qui découvre l’album qu’elle jouera presque entièrement semble intimidée. Au début elle hésite même à applaudir des morceaux dont les conclusions en suspension manquent peut-être un peu de clarté. Grand silence après le merveilleux Borderline… Baby Rose embraye en citant quelques mesures de Back to black pour rappeler l’importance d’Amy Winehouse et débouche sur son Ragrets menaçant.

Les enluminures du guitariste John Scherer apportent une matière vitale évidemment bienvenue pour recréer l’atmosphère puissamment organique de l’enregistrement studio, qu’on a tout de même hélas du mal à ressentir ce soir en dépit de la présence de Tim Maxey, artisan clé de l’album qui derrière ses claviers lance des prods qui n’ont pas le même relief. Mais Baby Rose assure et réchauffe une Gaité qui se remplie et désormais lui répond. Pressure, Artifacts, Mortal… autant de titres solides écrits et chantés avec les tripes. Et Rose de conclure avec deux bijoux, un Show you (dédié à son ex) qu’on rêverait d’entendre avec sa véritable section de cordes, et un All to myself à fleur de peau qui magnifie l’art du dépouillement. Vivement la première date avec son groupe au complet.

Le show millimétré de Snoh Aalegra apparaît ensuite forcément un peu fade. Ou du moins il semble manquer cruellement de profondeur. Voix irréprochable, stature de gravure de mode, band musclé au garde à vous et impressionnante projection vidéo à 360°… Il y avait certes de quoi passer un très bon moment en compagnie d’un R&B léché et groovy qui a tout pour séduire mais, à l’image du tout récent “- Ugh, Those Feels Again” sur lequel Aalegra s’appuie en grande partie, sans se distinguer des nombreuses productions conçues dans le même moule.  

Snoh Aalegra

Texte : Nicolas Teurnier
Photos © Fouadoulicious