B.B. King, The Montreux Years
06.10.2026
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Par John M. Shaw
University Press of Mississippi
Parmi les villes musicales des Etats-Unis d’Amérique, Shreveport en Louisiane n’est pas celle qui vient le plus vite à l’esprit, même si une fois citée, des idées confuses finissent par remonter. Le grand musicien et chanteur Leadbelly y démarre sa carrière, de même que le bluesman Country Jim Bledsoe dont les quelques disques sont à rechercher absolument et qui aurait influencé John Lee Hooker ; le spectacle Louisiana Hayride et son émission de radio y débutent en 1948 ; Eddie Giles y débarque adolescent et écrit le hit Losin’ boy qu’il enregistre sur le label Murco ; Stan Lewis y crée son fameux magasin Stan’s Record Shop puis son nom moins fameux commerce de disques par correspondance en 1948, et le label Jewel Records en 1964 ; la musicienne et entrepreneuse Mira Smith y crée le studio RAM et le label du même nom en 1955 et y enregistrera des artistes blancs et noirs (The Lonesome Drifter, T.V. Slim), et embauchera de jeunes accompagnateurs comme James Burton ou Dale Hawkins.
La ville de Shreveport est fondée en 1830, à la jonction de l’Arkansas, du Texas et de la Louisiane (ʺArk-La-Texʺ), et se développe grâce au transport fluvial puis ferroviaire, à l’industrie pétrolière et manufacturière. Tout cela génère un besoin de divertissement, des clubs ouvrent, particulièrement le long de la Texas Avenue, et proposent boissons et musiques, des radios émettent, de petits studios enregistrent, des magasins vendent des disques.
La population, 100 000 habitants au lendemain de la deuxième guerre mondiale, est à 50% blanche et 50% noire, la ségrégation y est rampante et donnera régulièrement lieu à des tensions, jusqu’à des meurtres et des émeutes.
John Shaw décrit la situation et ses évolutions de façon précise, donnant un cadre à son étude axée sur la pratique locale des musiques afro-américaines. En plus des noms déjà cités, il mentionne Mighty Joe Young, Reuben Bell, Toussaint McCall, Geater Davis, Bobby Paterson, ces derniers enregistrant aux Sound City Studios ouverts localement en 1968. Sont aussi cités de très nombreux autres artistes dans le blues mais surtout le r&b, le funk, le jazz, qui se sont lancés, ont eu pour certains un peu de succès régional, mais n’ont jamais percé nationalement.
C’est le paradoxe de Shreveport qui avait des caractéristiques très semblables à celles de Memphis, mais qui n’est jamais devenue un centre musical d’importance. La faute à un manque d’infrastructures d’enregistrement, de hits, d’ambition politique, de moyens financiers. La faute aussi aux tensions raciales, au déclin économique dans le pétrole et l’industrie, au choc du disco puis du rap, autant de facteurs qui n’ont pas permis au vivier local pourtant riche et sans cesse renouvelé de réussir en restant à Shreveport.
La précision de l’écriture de John Shaw, les près de 80 pages de notes, références, discographies, index, les photos rares – ne manquez pas celle de Raymond Blake & The Zillionaires – nous convainquent de son travail impressionnant, et font de ce livre la somme définitive sur l’histoire musicale afro-américaine de Shreveport. On le lit en cherchant en ligne les traces musicales des disques mentionnés au fil des pages, dont beaucoup sont des pépites.
Christophe Mourot
ISBN 9781496862679
Lire l’hommage à Stan Lewis, disparu en 2018.