Van Morrison, Somebody Tried To Sell Me A Bridge
21.07.2026
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Note : ★★★★★ Le Pied !
Label : Keeping The Blues Alive Records
Genre : blues
La postérité d’un artiste dépend de la qualité de son œuvre mais peut-être plus encore du travail et de l’implication de ses ayants droits. Ceux de B.B. King méritent un zéro pointé tant l’héritage du natif d’Indianola est laissé à l’abandon depuis sa mort en 2015. Indigné que rien n’ait été prévu pour fêter le centenaire de la naissance de l’homme qu’il rencontra à 12 ans et eut une influence décisive sur sa carrière, Joe Bonamassa, accompagné de son complice Josh Smith, a entrepris de réparer cette injustice et monter lui-même ce projet-hommage.
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas fait les choses à moitié (″Ne regardons pas à la dépense, on n’a qu’une seule chance de bien faire″…). Constitué de 32 morceaux, ce double-album convoque plus de 40 invités, un casting ébouriffant qui s’apparente à une véritable réunion de famille du blues, de la soul et du rock. Facteur de réussite supplémentaire : ce ″Blues Summit″ est construit comme une œuvre cohérente, le choix des reprises entremêlant habilement classiques incontournables et morceaux plus obscurs. Porté par un house-band solide et impliqué (Lemar Carter à la batterie, Travis Carlton à la basse, Jeff Babko aux claviers et Smith et Bonamassa aux guitares), l’ensemble bénéficie également de somptueux arrangements de cuivres et de cordes. Quant à la ligne directrice, elle est aussi limpide qu’exigeante : jouer dans l’esprit de B.B. King mais sans verser dans le pastiche. Chaque invité devait apporter sa voix, son histoire, son rapport personnel à l’œuvre.
Le résultat est à la hauteur des dépenses engagées (on n’ose imaginer le coût, le temps et l’énergie qu’il a fallu déployer pour mettre en œuvre cette entreprise titanesque…), illustrant la solidité et la diversité du catalogue de B.B. King, du jump-blues des débuts en passant par la soul urbaine des années 70, le funk jazzy du tournant des années 80 ou les accointances réussies avec le rock, démontrant à quel point B.B. King reste une figure centrale de la musique américaine. Un disque-somme, un disque-pont, un disque-hommage, qui ne se contente pas de regarder en arrière mais donne foi en l’avenir.
Plusieurs titres donnent le grand frisson : le blues lent Don’t answer the door dynamité par un Marcus King en état de grâce, Let the good times roll avec Joe, Kenny Wayne Shepherd et Noah Hunt qui évoque les tournées prestigieuses avec Bobby Bland, les chorus incendiaires de Joanne Shaw Taylor sur Bad case of love, le superbe duo Clapton-Chaka Kahn sur The thrill is gone, la jeunesse retrouvée de Buddy Guy sur Sweet little angel ou la charge émotionnelle déployée par Jade MacRae et Robben Ford sur Ain’t nobody home.
Le recueil se conclut de la plus émouvante des manières, les couplets de la gospello-funky Better not look down ayant été remplacés par les souvenirs des différents invités, entonnés en talk-over. On défie quiconque d’écouter Bobby Rush rendre hommage à son père spirituel sans avoir la chair de poule.
Ulrick Parfum
Sortie : 6 février 2026