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Chroniques / 23.07.2026

Tiwayo, Outsider

Note : ★★★★★ Le Pied

Genre : soul

Label : Record Kicks

La musique de Tiwayo revêt depuis ses débuts des accents tragiques. Une mélancolie latente à partir de laquelle on fabrique la plus belle soul. On avait adoré son premier album sorti en 2019 chez Blue Note (″The Gipsy Soul Of…″), qui témoignait déjà d’une confondante maturité, et peut-être encore davantage ″Desert Dream″ (2023), merveille de délicatesse qui le voyait diversifier son propos au gré d’influences folk ou world. Il aura fallu encore patienter trois ans avant de découvrir la suite. On bien fait d’attendre.

Dès le premier morceau, la splendide ballade I’ve got to travel alone, c’est le choc. Un groove paresseux, une lente montée d’accords claqués par un piano en arrière-fond, des chœurs hantés et ce chant cabossé, soufflé, légèrement voilé ; une voix de pleins et de déliés qui évoque un univers de doutes et d’errance, de fierté indomptée et d’espoirs fracassés sur le mur des réalités. Qu’un talent pareil ait dû un temps mettre sa carrière en pause en dit long sur l’inanité d’un métier qui ne compte que peu d’élus. Repêché par Adrian Quesada des Black Pumas, The Young Old (TYO, son nom de scène en phonétique) est parti graver son troisième essai au Texas, non loin de cette Terre Promise où ses héros, Al Green, Syl Johnson et autres O.V. Wright enregistrèrent leurs immortels chefs d’œuvre.

La production retranscrit à merveille la chaleur de la soul de la première année de la décénie 70, défendue de nos jours par Curtis Harding, Durand Jones ou Kelly Finnigan, ces artistes qui respectent l’héritage des pionniers tout en exprimant une sensibilité à la fois personnelle et contemporaine. A vif. Exacerbée. Des émotions, de la fureur et des larmes déclinées en onze morceaux qui sont bien partis pour constituer la bande-son idéale de cet été caniculaire. Pour rêver (l’éclatante ballade Sunshine lady), pleurer (la déchirante Daddy was born with the blues, griffée des licks bouillants du guitariste Doyle Bramhall II), danser (l’afro-cubaine Electric spanish, tournerie I-IV soutenue par les congas experts de Terin Moswen Ector et digne descendante du Ghetto de Donny Hathaway, autre référence essentielle), chanter à tue-tête (les harmonies gospellisantes de My house is your home) ou serrer dans ses bras la femme ou l’homme de sa vie (le duo Unchained lovers avec Kendra Morris).

Un disque habité, profondément humain. Très gros coup de cœur.

Ulrick Parfum

Sortie : 10 avril 2026