;
Chroniques / 21.12.2021

Yebba, Dawn

Un premier album tant attendu. Depuis que son Evergreen avait tatoué nos tympans. Ce timbre de feu, ce souffle, ce coffre… C’était à l’automne 2017. Abbey Smith a pris le temps de bien faire. Les studios Electric Lady, Mark Ronson aux manettes et des pointures qu’on ne présente plus : Questlove, Pino Palladino, James Poyser, Tom Brenneck… Casting impressionnant, mais surtout une grande cohérence, une maturité et une souplesse de jeu en totale adéquation avec le relief caractéristique de l’écriture et de l’interprétation de la chanteuse de 26 ans. 

La douleur liée au vide laissé par le suicide de sa mère plane tout du long, Yebba y puise une force vive pour la transcender à travers ses mots dont elle tord, tend, effleure les syllabes. Cette puissance contenue qui jaillit parfois peut évoquer celle de Kim Burrell ou de Rance Allen, mais sa manière d’ornementer en petite cascade n’appartient qu’à elle. C’est flagrant sur le refrain de Love came down (escapade house réussie), et cet art du mélisme palpitant irrigue l’ensemble de “Dawn”. Entamé dans les replis d’une douce mélancolie, l’album est bâti comme une colline dont le chemin jusqu’au sommet central passe par l’embardée funky de Boomerang et le déploiement harmonique enchanteur de All I ever wanted (Yebba s’y connaît aussi en chœur exaltant). 

Et puis son timbre bosselé rebondit dans l’épaisseur d’un breakbeat soulful (Far away avec l’affûté A$AP Rocky), avant qu’une guitare sèche souligne la beauté du texte d’October sky. Une pépite suivie d’une autre, Louie bag, modèle de verve chantée et rappée (Smino en renfort). Avant une jolie conclusion recueillie (Paranoia purple), une troisième merveille nommée Distance brille non loin d’une Minnie Riperton, illustrant un art du dosage au service de l’épanouissement mélodique. Un premier album vraiment à la hauteur.

Nicolas Teurnier

Note : ★★★★1/2 (Scoop)
Label : RCA
Sortie : 10 septembre 2021

Nicolas TeurnierRCA RecordsSoul Bag 245Yebba