;
Live report / 29.11.2017

Van Morrison

Les apparitions de Van Morrison en France sont rares et chères. Celle de Pleyel, à Paris, fut en plus particulièrement brève. Une heure et quart, montre en main. Pas un mot pour le public, un dispositif scénique très ritualisé et un encadrement drastique de son droit à l'image. Méticuleux jusqu'à la maniaquerie, bourreau de travail (qui d'autre, à son âge, donne autant de concerts en ce moment à travers le monde ?), le barde nord-irlandais est en “pleine bourre” : il annonce pour le 1er décembre la sortie de son troisième album en un peu plus d'un an. “Versatile”, c'est son titre. Changeant, inconstant, lunatique, nous dit Le Robert. Ou encore, aux talents variés, d'une grande souplesse. De fait, le chanteur s'essaie ces temps-ci à l'art de la modulation, dans la veine des chanteurs de jazz. C'est la tonalité du prochain disque, celle aussi d'une partie du concert parisien.

 

 

Ce soir, quand sa voix ne cherche pas du côté de King Pleasure ou de Georgie Fame, Morrison joue beaucoup de sax alto et ses compositions les plus swing (Moondance, The way young lovers do) se mêlent à quelques standards (Symphony Sid, I get a kick out of you). Autres versants, celui du blues électrique, à la John Lee Hooker et Lightnin' Hopkins, celui du boogie-woogie gospel (How far from God de Sister Rosetta Tharpe) ou encore du rock'n'roll tendance Big Joe Turner (Shake, rattle and roll). Cela fait déjà beaucoup, en si peu de temps.

 

 

Mais le chanteur n'oublie pas “ses” classiques, sans cesse revisités et réarrangés : Brown eyed girl, bien moins sautillant mais plus moelleux que l'original ; I believe to my soul, hommage permanent au grand inspirateur, Ray Charles, et l'un de mes moments préférés de la soirée ; Vanlose stairway, avec le patron au piano qui prouve, s'il en était besoin, qu'il possède l'une des voix les plus profondes et puissantes du circuit. Sur son passage, parfois, la terre tremble. Mais que c'est court ! Ce soir, Van Morrison a joué à peine plus longtemps que le temps d'un disque, 76 minutes. Pour qu'il soit publié en l'état sur Blue Note, le label organisateur du festival dans lequel il était programmé ? Qui sait. Avec Van Morrison, on ne sait jamais.

Julien Crué
Photos © J-M Rock’n’Blues