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Chroniques / 23.12.2018

The Marcus King Band, “Carolina Confessions”

La fraîcheur rayonnante d’un band de jeunes emmené par un vieux briscard de… 22 ans. On savait le gamin de Greenville capable de faire brillamment fructifier le terreau magique propre au sud-est de son pays, dans le sillage de l’Allman Brothers Band ou d’un Warren Haynes qui l’avait pris sous son aile. Mais là, en investissant le mythique RCA Studio A de Nashville en compagnie de l’excellent producteur-inspirateur Dave Cobb, son sextette cuivré a fait un choix fort : laisser de côté ses envies jazz rock et focaliser le jeu sur les chansons du patron. En dix compositions qui semblent s’échapper du vieux confessionnal qu’arbore la pochette de l’album, Marcus King affirme son talent d’écriture en puisant au fond de lui des récits touchants, empreints d’une mélancolie que son chant buriné habite avec l’intensité des grands soulmen qui l’inspirent.

À l’image de ses solos concis et mordants, King va ici à l’essentiel. Griffé de slide, rehaussé de guitare acoustique, bardé de cuivres fumants, savamment enrichi d’orgue et de piano souful, propulsé par deux poumons rythmiques attentifs en toute circonstance, “Carolina Confessions” sait hausser le ton si besoin, de l’intense coda de Where I’m headed à la conclusion courroucée de Welcome ‘round here en passant par un How long haletant. Mais l’album brille aussi et surtout en offrant une dominante de ballades country soul particulièrement intenses, à même de suspendre le temps à la manière d’un Chris Stapleton. Et deux sommets de se dessiner : Goodbye Carolina qui prend son envol pour mieux vous serrer le cœur, et Confessions dont la retenue écorchée détient une part des plus puissants blues lents en mineur. Deux modèles de tension-détente qui en disent long sur le niveau atteint par ce groupe qui n’écrit que le début de son histoire.

Nicolas Teurnier

Note : ★★★★1/2 
Label : Fantasy / Universal
Sortie : 5 octobre 2018