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Chroniques / 07.03.2019

Solange, “When I Get Home”

Trois ans après son superbe “A Seat At The Table”, Solange lâche un de ces albums-surprises dont est coutumière sa sœur Beyoncé. Mis à part sa pochette, son propos engagé pour la cause noire et féministe ainsi que son miraculeux casting de producteurs et d’invités, à la croisée du R&B, du hip-hop et du rock indé (Sampha, Pharrell, Steve Lacy, Dev Hynes…), ce quatrième album n’a pas grand-chose à voir avec son prédécesseur. D’entrée, Things I imagined, avec ses paroles ressassées tel un mantra et sa mélodie sauvée du surplace par quelques variations salutaires, impose un style monotone et ascétique que l’on pourrait croire propre à une intro mais qui s’applique en réalité à l’ensemble du disque.

Bien moins limpide et lisible que son devancier, le successeur de “A Seat At The Table” étire et étale ses idées à l’infini et camoufle son indigence mélodique sous une répétition de mélodies erratiques aux textes sibyllins. Dix-neuf titres qui s’apparentent plus à des interludes qu’à de vraies chansons, ce qui le rapproche du “Endless” de Frank Ocean. On pense aussi aux dédales soul nébuleux du trio féminin KING pour l’atmosphère enveloppante voire au Stevie Wonder des ‘70s pour les arrangements imbibés de jazz. De ses inflexions délicieuses, Solange sait tutoyer une beauté séraphique à la Minnie Riperton (DreamsWay to the show) quand elle ne s’inscrit pas dans la lignée de Brandy ou Aaliyah sur Time (Is). Mais elle n’évite pas l’écueil de titres au phrasé chanté-rappé prévisible (My skin my logo).

“When I Get Home” est un album dans l’air du temps, qui semble savamment calculé pour plaire aux hipsters persuadés que le “Blonde” de Frank Ocean est le plus grand disque R&B de la décennie. Pour les autres, son goût d’inachevé en fait un objet au charme certain, à défaut d’être vraiment passionnant.

Mathieu Presseq

Note : ★★1/2
Label : Columbia / Sony Music
Sortie : 1er mars 2019