Megève Blues Festival 2025
25.08.2025
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Ecouflant, Verrières-en-Anjou, Soucelles (49), 15-17 mai 2025.
Les festivités commencent le jeudi 15 mai à Écouflant, au Vallon des Arts. L’endroit est confortable avec une acoustique parfaite et affiche quasiment complet pour le concert de Jakez & The Jacks. Le groupe reste fidèle à son ancrage Chicago blues pur jus, plutôt côté West Side ! Thomas Allain (harmoniciste et guitariste), présent aux débuts du groupe, n’a pas été remplacé, ce qui donne une place centrale à la guitare de Jakez Rolland. Elle n’est pas étouffante pour autant, comme souvent dans les power trios, car ici chacun écoute l’autre et apporte sa pierre à l’édifice. La basse de Julien Dubois entretient et attise le groove et s’associe à la batterie de David Avrit dès qu’il s’agit de monter en puissance. Il faut entendre les lignes de basses charnues, l’impeccable after beat ou les rebonds sur la caisse claire ! L’écrin parfait pour le chant écorché, gorgé de feeling, de Jakez. Les compositions collectives de groupe (When will she be back to me, It rains several times a day, Best looking girls around…) supportent la comparaison avec les reprises de Buddy Guy (Let me love you baby), Hound Dog Taylor (Give me back my wig), Jimmy Johnson (Heap see) ou B.B. King (Sweet 16). La guitare de Jakez y est toujours impressionnante par son jeu ciselé et épuré, son choix de la note qui fait mouche. En rappel, Jakez déroge à l’orthodoxie bluesistique pour une incroyable version de God blessed our love, sous influence O.V. Wright, qui ouvre un nouvel horizon, tout aussi exaltant.
Nous n’avons pas pu assister au concert de Guilty Delight, le lendemain à Verrières-en-Anjou. Le samedi, c’est à Soucelles que nous avions rendez-vous dès 19 heures pour la dernière soirée de cette édition.
C’est lors du tremplin des Rendez-vous de l’Erdre, en août dernier, que les organisateurs de Rives de Blues & Co avaient choisi de distinguer Bouexi Band pour leur festival. Agrégeant musique cajun, country et blues, le groupe rennais est une exception dans le PMF (Paysage musical français). Impeccablement vêtus et chapeautés, Christophe Chevalier (vo, mélodéon), Tristan Auvray (vl, chœurs), Thomas Ottogalli (lead g, chœurs), David Dutertre (g, chœurs), Philippe Jaumier (b) et Christophe Baillet (dm) en imposent. L’accent cajun, nasillard juste comme il faut, du chanteur instaure un climat d’authenticité, rehaussé par le violon, l’accordéon diatonique et la guitare. Les reprises de classiques (Les zharicots sont pas salés, La valse à Duralde) se marient bien avec les compos dans l’esprit (La complainte du voyageur, Ride à Vermillon, Le blues du solitaire…) et invitent à la danse. Les adeptes de la danse country en ligne ne se font pas prier ! Bouexi Band conclut dans l’allégresse avec une version francisée du Never can tell de Chuck Berry. (Jacques Périn)
Après avoir dansé le madison avec Bouexi Band, on est impatient de profiter de ce que Fabrice Bessouat a concocté à la demande de Jean-Claude Lizée qui lui a donné carte blanche. On est confiant mais on ne réalise pas encore que la soirée va être exceptionnelle.
On voit d’abord apparaître Youssef Remadna (vo, hca), Anthony Stelmaszack (g), Thibaut Chopin (b) et Fabrice (dm) et un climat blues chaleureux s’installe. Cédric Le Goff les rejoint et la musique s’emballe. Anthony et Thibaut sortent, François Nicolleau (g), Miguel Hamoum (b), Sylvain Tejerizo (sax), entrent pour le blues de Woman you don’t gave to go. Youssef et Miguel s’éclipsent, Thibaut revient et Cédric prend le micro pour le funky Everything I do is gonna be funky de Lee Dorsey. Le ton est donné : les musiciens vont se succéder, se croiser, se soutenir, le répertoire va passer du blues au funk, via la soul, le rock ‘n’ roll, joué et chanté par des gens dont le talent, le sens du partage n’ont d’égales que leur culture et leur humilité. Quand on sait que le temps de répétition n’a pas été long, on n’en prend que plus conscience du talent, de l’expérience et du professionnalisme de tous les protagonistes.
Nous aurons le plaisir de voir et écouter ainsi tous ceux déjà cités mais aussi Yann Cuyeu (g) et l’immense Curtis Salgado. Celui-ci fait basculer un moment déjà superbe dans l’extraordinaire. Il commence en trio avec sa voix et son harmonica, Thibaut à la contrebasse, Anthony à la guitare, pour deux blues de Big Joe Williams et Muddy Waters, avant d’enfoncer le clou avec Miguel, François et Youssef au deuxième harmonica pour un blues de Jimmy Reed.
On vous laisse imaginer les changements de personnels qui suivent, mais ils nous font voyager en funk, avec notamment une reprise des Meters, en blues avec Albert King, B.B. King, Elmore James et, bien sûr, avec un morceau choisi du répertoire de Curtis Salgado, The longer that I live. Curtis semble beaucoup apprécier d’être là au milieu de ces musiciens talentueux qui le lui rendent bien. Le final avec tout le monde donne lieu à un Slow down (Larry Williams) de folie. Quelle soirée ! (Christophe Mourot)
Textes : Jacques Périn et Christophe Mourot
Photos © Christophe Mourot