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Live report / 19.12.2017

Nantes In Blues

Le lendemain du concert de Sugaray Rayford le 11 octobre, les amateurs de blues ont rendez-vous au magasin Hurricane Music à Vertou pour la première de Prun’ de Blues Live de la saison 2017-2018. Deux groupes sont invités : Leon Newars et les String Breakers. C’est Leon Newars qui ouvre la soirée avec Vinz Polet-Villard (vo, org), Florian Royo et Quentin Imola (g), Jonathan Joubert (b) et Guillaume Destarac (dm). Leur rhythm & blues marqué par la soul et le blues permet d’évacuer tous les soucis de la journée. Vinz est en forme au chant et au clavier et Florian Royo est bien présent à la guitare, tout en laissant la place aux propres solos de Quentin Imola. S’ils terminent leur set avec la magnifique ballade Let my people sing, un autre moment de grâce a eu lieu pendant la balance avec un duo jazzy entre Vinz à l’orgue et Guillaume Destarac à la batterie. Quel swing ! Les String Breakers sont les régionaux de l’étape et font partie des trésors cachés de Nantes. Laurence Le Baccon (vo), Sami Touré (g), Patrick Billon (org), Vincent Blivet (b) et Olivier Sueur (dm) distillent un mélange de blues, rhythm & blues et soul qui charme le public par la qualité du chant et des instruments. Laurence caresse, feule, envoûte, et les autres balancent à l’unisson.

 


Leon Newars

 


String Breakers

 

Le 2 novembre, c’est au Buck Mulligan’s qu’on peut danser avec Jumbo Slim & the P90’s. Fred Le Baron (vo, g), Ronan Le Huludut (g), Jeff Vincendeau (b) et David Avrit (dm) envoient un set de rock and roll varié, majoritairement afro-américain, ancré dans les années 50. Lloyd Price, Nat King Cole, Chuck Berry, Little Richard, Fats Domino, Arthur Crudup, Rufus Thomas, sont ainsi revisités avec la gouaille de Fred et les solos dynamiques de Ronan. En fin de set, Michael Mieux apparait au chant et Miguel Hamoum à la contrebasse.

 


Jumbo Slim & the P90’s

 

Le 3 novembre, le Black Shelter de Carquefou accueille The Pathfinders, c’est l’occasion de les entendre travailler leur nouveau répertoire. LilOu Hornecker (vo), Max Genouel (g, vo), Igor Pichon (b) et Hugo Deviers (dm) sont en grande forme et ravissent le public. Toujours aussi carrés et précis, c'est un “tight combo”. Leurs originaux ont de l'allure et Max Genouel est particulièrement en verve, pour rivaliser gentiment avec la voix de LilOu. Quant à la rythmique d'Hugo Deviers et Igor Pichon, oh la la ! Vivement le nouveau disque et d’autres concerts !

 


The Pathfinders

 

Le 10 novembre, les Nolapsters sont au Bal Pop. Ils ont dû se remanier, suite à l'absence imprévue d'un des leurs. François Nicolleau a pris la basse, Mattieu “Bo Weavil” Fromont a pris la guitare en plus de l'harmonica, puis le chant en fin de soirée, et Denis Agenet est comme d'habitude au chant et à la batterie. Pas d'inquiétude, ils assurent avec entrain, reprenant Big Al Downing, Louis Jordan, Shirley & Lee, Alvin Robinson, Charles Brown, Jimmy McCracklin, et les nombreux danseurs du Bal Pop ont apprécié. En fin de concert, c’est Mathieu Fromont qui prend le lead et on plonge plus profondément dans le blues à coups d’ambiance à la John Lee Hooker ou Elmore James.

Le 14 novembre, Lee Fields investit la grande salle du Stéréolux. C’est un immense plaisir que d’entendre cette voix, maintes fois savourée sur disque, enchaîner les titres phares, Everynight, You just can't winTimeYou're one of a kindWe can make the world betterThe faithful man et le rappel avec Honey dove. L’orchestre est soudé et ça tourne bien, même si on peut avoir l’impression que le maître ne se livre pas totalement.

 


Lee Fields

 

Le 22 novembre, c’est la deuxième soirée Prun’ de Blues Live de la saison avec The Lazy Buddies et The Deluxe Presidents, toujours chez Hurricane Music à Vertou. Les Lazy Buddies peaufinent la sortie imminente de leur nouveau disque et débordent d’énergie pour mettre leur répertoire en valeur. Soizig Lebreton (vo), Guillaume Rousseau et Nico Fleurance (g), Dom Genouel (hca), Max Genouel (b), David Avrit (dm) ont l’expérience et le travail pour eux et le public réagit très vite favorablement. Rhythm & blues, rock and roll, ballades, ils maîtrisent l’enchaînement des rythmes et ouvrent d’alléchantes perspectives pour les concerts complets à venir. Les Deluxe Presidents sont aussi au taquet, emmenés par le dynamisme de leur leader Fred Le Barron, dont la verve et l’humour font des ravages pendant les séquences dédiées à l’interview. Leur blues électrique est ancré dans les années 60 avec des incursions dans les périodes alentours. Les guitares de Fred et Sami Touré sont justes et sensibles, avec un très joli son – rappelons que c’est Arnaud Fradin lui-même qui fait le son de ces Prun’ de Blues Live –, la rythmique de Yann Renoul et Olivier Sueur est sobre et efficace, et l’harmonica de Thomas Troussier est toujours au top, avec un solo stratosphérique sur le magnifique blues lent joué en rappel, et emprunté à Muddy Waters.

 


Lazy Buddies

 


Deluxe Presidents

 

Le festival Culture Bar-Bars se déroule du jeudi 23 au samedi 25 novembre dans tous les lieux ouverts de Nantes. Ce sont des dizaines de concerts proposés chaque soir dans tous les genres musicaux. Il faut savoir gérer les horaires fluctuants des uns et des autres pour arriver à respecter le programme bâti à l’avance. Le vendredi commence avec Jumbo Slim & the P90’s, à l’Art’Scène dans la même configuration qu’au Buck Mulligan’s deux semaines auparavant, augmentée de Thomas Croguennoc au saxophone (qu’on a connu avec The Big Shot). Le répertoire est peu ou prou le même qu’au concert précédent, Arthur Crudup, Lloyd Price, Fats Domino, Chuck Berry, Eddie Cochran, Jimmy Reed, Hank Snow, Little Richard, le saxophone apportant une couleur et des possibilités de solo supplémentaires. Il suffit de traverser la rue pour être au Buck Mulligan’s et écouter le nouveau projet de Julien Broissand (g, vo) avec son Blues Organ Combo où il est accompagné par Arnaud Minier à la batterie, Bruno Denis à l’orgue et Caroline Thomas au saxophone. Bill Doggett, Horace Silver/Louis Jordan, Little Willie John, Freddie King, Lee Dorsey, Bo Diddley, le répertoire est étendu et le swing omniprésent. Un ensemble à suivre étant donné son talent musical. La soirée se termine avec les Royal Premiers au McByrne & Co. L’organiste Quentin Bendimerad ne rejoint le groupe qu’au deuxième set, car il était avec un autre groupe en début de soirée. Avec Ivy Thessalonia au chant, Stéphane Vinet au saxophone, Jeff Gaboriau au trombone, Yann Jaffiol à la guitare, Franck Daniel à la basse et Olivier Caille à la batterie, cela fait sept membres qui arrivent à se caser dans cinq mètres carrés et qui mettent instantanément le feu. Les fans connaissent leur répertoire et sont au premier rang, sous la pression du reste du public qui repousse les limites de l’espace disponible. La musique du groupe est faite pour la danse, qu’elle soit chantée ou instrumentale, et tout le pub tangue en rythme. 

 


Jumbo Slim & the P90’s

 


Blues Organ Combo

 


Royal Premiers

 

C’est avec Stomp Stomp qu’on ouvre le samedi soir à l’Art’Scène, un quatuor nouvellement formé par David Avrit (vo, dm) avec Lise Van Dooren au piano, Thomas Croguennoc au saxophone et Jeff Vincendeau à la contrebasse. Eh non, il n’y a pas de guitare ! Le répertoire ouvre des voies rarement explorées avec Slim Gaillard, Lucky Millinder, Fats Waller, Amos Milburn, Bill Doggett, Joe Liggins, Jimmy Forrest, jusqu’à des incursions western swing avec Andie Reynolds and his 101 Ranch Boys. Ça swingue joliment, le break de contrebasse sur Ain’t misbehavin’ est affriolant, le groupe n’en est qu’à ses débuts mais promet beaucoup.

 


Stomp Stomp

 

Le Buck Mulligan’s est bondé et très chaud quand on y arrive en court de concert des Nolapsters. Denis Agenet (vo, dm), François Nicolleau (g), Matt “Bo Weavil” Fromont (hca, perc) et, bonne surprise, Abdel B Bop (ctb), s’y entendent pour se mettre le public dans la poche. Alvin Robinson, John Fred, Huey Piano Smith, Spiders, reprises des Bad Mules, la set list est entraînante avec un net penchant pour des titres dansants que les quatre compères se déchaînent à accentuer. Sur Look what you done to me, le solo de contrebasse d’Abdell est impeccable, il n’y manque que son cri légendaire. La proximité entre les musiciens et le public que la taille de l’endroit induit donne lieu à de réguliers et joyeux échanges. Sur le rappel Where you at Jack, Max Genouel est invité à la guitare.

 


Nolapsters

 

Cinq concerts en deux jours, seulement cinq pourrait-on dire avec toutes les autres possibilités qu’il y avait mais cela montre la richesse de la scène nantaise, et beaucoup de soirées de décembre sont d’ores et déjà cochées sur le calendrier.

Texte et photos : Christophe Mourot