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Live reports / 11.04.2022

Melvin Taylor, New Morning, Paris

28 mars 2022.

Melvin Taylor était bien venu en France en mars 2020, mais il était reparti aussitôt, tous les concerts étant annulés, la faute au Covid. Deux ans plus tard, grâce à la ténacité de Boom Boom Productions, il était de retour pour une tournée menée à son terme. 

Même s’il semble difficile de retrouver les jauges d’avant pandémie, le New Morning était suffisamment rempli pour faire un bel accueil à l’ex-jeune prodige du Chicago blues… qui a maintenant franchi le cap de la soixantaine. Il ne les fait d’ailleurs pas ! Pour l’accompagner, il est venu avec son claviériste, Bernell Anderson, et a recruté le bassiste Kriss Jefferson (vu avec Popa Chubby ou Kirk Fletcher) et Simon “Shuffle” Boyer, batteur tout-terrain, armé pour s’adapter à toutes les propositions du leader.

Les trois premiers morceaux illustrent bien les voies suivies par Melvin Taylor : l’instrumental Comin’ home baby, un thème de Quincy Jones tout en souplesse jazzy ; un blues groovy, Wait on time, virtuose et démonstratif ; une reprise respectueuse du So many roads d’Otis Rush, classique mais au feeling prenant 

Melvin Taylor n’a jamais particulièrement brillé au chant, il s’en tire pourtant bien dans les blues, mais cède le micro à Bernell Anderson pour des thèmes plus soul comme Unchain my heart ou Dock of the bay. C’est bien sûr à la guitare qu’il captive : sa technique, son inventivité forcent l’attention et l’admiration… jusqu’au moment où elles prennent le pas sur la musicalité pour dériver vers une démonstration égotique. C’est du moins mon ressenti, pas celui d’une grande partie du public qui a fait un triomphe ces déferlements parfaitement maîtrisés. En fin de concert, Who knows (Jimi Hendrix) ou Black magic woman (Santana) lui permettront d’assouvir pleinement ce penchant.

Auparavant, il avait séduit avec ses interprétations personnelles de Cadillac assembly line et, surtout, d’une reprise toute en nuances du Driftin’ blues de Charles Brown. Du côté des instrumentaux, on a apprécié ses versions de Chitlins con carne de Kenny Burrell et du Cissy strut des Meters, occasion d’un solo bien senti de Simon Boyer.

Un peu trop négligé ces dernières années, un album bien produit permettrait sûrement de remettre Melvin Taylor dans le circuit des festivals. C’est tout le mal qu’on lui souhaite !

Texte : Jacques Périn
Photos © Frédéric Ragot

Melvin Taylor, Simon Boyer, Kriss Jefferson
Bernell Anderson