Soul Harmony, Sweet Soul Vocals 1961-1984
26.08.2025
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À l’heure de la musique débitée au kilomètre par l’IA, rien de tel qu’un pur jus de studio pressé à l’ancienne. L’imparable propulsion rythmique du tandem formé par Cornell Williams (basse) et A.J. Hall (batterie) rehaussé des percussions habitées de Pedro Segundo, le Hammond exquis de Nigel Hall, la guitare véloce et tout-terrain de Xavier Lynn, une section de cuivres (Aaron Narcisse, Charlie Halloran et Jason Mingledorff) dodue à souhait… En convoquant une version étendue de ses Absolute Monster Gentlemen dans son QG du quartier néo-orléanais de Bywater, Jon Cleary sait très bien ce qu’il fait. Deux jours dans la même pièce pour faire jaillir cette complicité galvanisante que seules des heures passées ensemble à transpirer sur scène peut générer. Voilà comment s’en donner à cœur joie et capturer vivant un répertoire en constante évolution. Cette version frénétiquement churchy de So damn good met le feu d’emblée et débouche sur une ébouriffante cascade martelée au piano par un patron en transe.
D’autres délectables mises à jour sont au menu, tel ce Unnecessarily mercenary au funk bien épais, ce Just kiss my baby qui suinte de toute part, ce Boneyard accéléré sur un tapis de second line qui vous emmène parader. Une effervescence de Mardi-Gras est au cœur de cet album festif en diable muni aussi de chœurs généreux. Partout le plaisir saute aux oreilles, le long de l’hymne drolatique Zulu coconuts, du groove élastique de Uptown downtown, du rhythm and blues pimpant de Bin a lil minit (charpenté par les graves du piano et du sax baryton), du radieux Lottie mo infusé au calypso.
Bien sûr, avec le jeu fleuri et percussif de Jon, les Caraïbes et plus particulièrement Cuba ne sont jamais loin, tout comme la grande lignée des maîtres pianistes de Nola, en premier lieu sur ce fabuleux Fessa Longhair boogaloo. Difficile de faire sessions plus juteuses.
Nicolas Teurnier
Note : ★★★★½
Label : FHQ-Well Kept Secret
Sortie : 25 avril 2025