Peter Parcek, Most Of The Time
07.10.2026
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Note : ★★★★★
Genre : jazz
Label : Tompkins Square
Jelly Roll Morton est un personnage essentiel de l’histoire du jazz. Né à la fin du 19e siècle dans la société créole de La Nouvelle-Orléans, il est chassé de chez lui quand sa famille s’aperçoit qu’il passe son temps dans des lieux peu recommandables à dépenser son argent aux jeux, pratiquer des trafics divers et jouer de la musique. Cela ne l’empêche pas d’être très exigeant pour lui-même dans ce dernier domaine, et appliquer la rigueur du classique aux compositions qu’il crée, mélangeant dans son jeu de piano improvisation et notation précise, y introduisant, le swing, en variant les longueurs des notes, le contrepoint en jouant plusieurs mélodies superposées à la main droite, et enrichissant le rythme avec des octaves à la main gauche.
Sa musique commence à marquer les autres musiciens qui jouent ce qui ne s’appelle pas encore jazz ni swing ni stride, car elle en contient tous les germes. Le double CD compilé par Tompkins Square explore ses enregistrements de 1923 à 1926, avec 56 faces réalisées chez des labels pas encore suffisamment de premier plan (Paramount, Gennett, Okeh, Autograph) pour lui offrir un vrai succès commercial. La haute opinion qu’il a de lui-même – il prétend avoir inventé le jazz et est très méprisant vis-à-vis des autres musiciens, en particulier les pianistes – et son exigence, l’empêchent de trouver des orchestres stables pour jouer avec lui, la conséquence étant de ne trouver qu’une majorité d’engagements en solo dans des lieux de secondes zones plutôt qu’en orchestre dans des lieux prestigieux.
Pourtant la musique qu’il enregistre est d’une qualité superlative, que ce soient les faces en solo ou celles en orchestre. Il faut les parcourir en écoute croisée pour percevoir et comprendre sa façon de retranscrire l’écriture et les arrangements orchestraux dans son jeu en solo. L’amateur de blues y trouvera son compte tant les notes bleues imprègnent toutes ces faces. A noter qu’il enregistre dès 1923 avec les New Orleans Rhythm Kings, un orchestre blanc, ce qui en fait une des premières formations intégrées de l’histoire du disque.
Le travail mené par Tompkins Square est impressionnant, le son est superbe, le livret particulièrement érudit, avec une biographie et des essais sur le style de piano de Morton, son travail en orchestre, l’action des amateurs appelés les ʺMoldy Figsʺ qui dès les années 30 ont commencé à sauver les disques anciens, le travail de restauration des enregistrements, et une discographie complète.
En 1926, Jelly Roll Morton signera chez Victor et y enregistrera avec ses fameux Red Hot Peppers. Ce sera une période de succès populaire et comercial pour lui, malheureusement brève puisqu’elle déclinera au passage de la décennie. Jelly Roll mènera alors une vie en dents de scie jusqu’à son décès le 10 juillet 1941.
Ce double CD nous plonge dans un pan essentiel des musiques afro-américaines et, partant, populaires du 20e siècle.
Christophe Mourot
Sortie : 6 octobre 2026