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Live reports / 03.04.2019

Emily King, Badaboum, Paris

27 février 2019.

L’exécution minutieuse de Can’t hold me en lever de rideau confirme nos attentes. « Quand je vais à un concert, j’aime entendre la chanson exactement comme elle est sur le disque, nous confiait Emily King un mois plus tôt. J’essaye donc de faire pareil à mes concerts, de chanter comme sur l’album, pas plus, pas moins, car c’est ce que les gens ont entendu. » Ce qui ne veut pas dire que la New-Yorkaise a servi du réchauffer pour sa première date en France au sein d’une mini-tournée européenne. Bien au contraire. Son implication totale, son dévouement entier au service de ses chansons finement ciselées en soulignent sur scène l’éclatante richesse. 

Si le son d’Emily King prend si bien vie sous les projecteurs, c’est aussi grâce à la présence de son architecte préféré, Jeremy Most, celui avec qui elle a bâti tout son répertoire depuis le début des années 2010. Tapis dans l’ombre des deux choristes (Karita Law et Shanay Johnson que King a embauchées après les avoir vues à l’œuvre aux côtés d’Alabama Shakes), le géant discret s’affaire assis, distillant son savoir depuis sa guitare polymorphe, en lançant quelques décorations programmées et en se chargeant on ne sait trop comment des parties de basse (à l’aide d’un pédalier ?). La panoplie harmonique qu’il déploie à lui tout seul est impressionnante de justesse. D’autant plus qu’elle est doublée d’une infernale propension à groover, l’un des moteurs de la musique de King, superbement alimentée ce soir par le touché de James Williams, batteur basé en Belgique qui maîtrise le répertoire sur le bout des baguettes. Le seul petit regret de cette formation allégée pour l’Europe, c’est l’absence d’un bassiste à même d’appuyer les graves de manière plus incisive. Il aurait fallu que Most trouve le moyen de slapper une basse tout en tricotant sur sa guitare… 

Pétillante dans sa tenue noire à épaulettes, prompte à saisir sa guitare acoustique ou à initier une petite choré avec ses choristes, Emily King a donc fait honneur à son répertoire premium, naviguant joyeusement entre le tout récent “Scenery” et son grand frère “The Switch”, deux albums liés par une évidente continuité. Ainsi Look at me now suit de près The switch, The animals emboîte le pas de Blue light. Forgiveness s’envole ici aussi avec les chœurs, Distance déploie toujours son aura saisissante, Sleepwalker, BYIMM et Remind me invitent un funk imparable. Un groove sous-jacent qui peut jaillir à tout instant, au détour d’un refrain, et prendre méchamment le dessus avant de s’effacer au profit d’une nouvelle poussée mélodique. Les compositions subtiles de King-Most peuvent briller tranquilles, la petite salle du Badaboum leur réserve un accueil chaleureux et même d’autant plus enthousiaste lorsque King explore le EP de sa renaissance (“Seven”, 2011) : No more room, Down, Radio et, en conclusion, Georgia. Autant de douceurs interprétées sur le fil d’une orchestration dépouillée et reprises en chœur par un public connaisseur. La mine ravie, Emily King promet qu’elle reviendra vite. 

Texte : Nicolas Teurnier
Photos © Fouadoulicious

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