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Hommages / 08.02.2024

Donald Kinsey (1953-2024)

Dramatique série pour la famille Kinsey : quelques semaines après le décès de son frère aîné Ralph, c’est au tour de Donald Kinsey de disparaître. Il avait été victime l’été dernier d’un grave accident de voiture ayant conduit à une longue hospitalisation.

Comme ses frères, le jeune Donald ne tarde pas, sous l’influence de son père, le bluesman de Gary, dans l’Indiana, Lester J. Kinsey Jr., à se lancer dans la musique, et il est à peine adolescent quand il commence à se produire avec celui-ci et son frère Ralph sous le nom de Big Daddy Kinsey & His Fabulous Sons avant de créer avec Ralph un trio blues rock avec le bassiste Busta Jones, White Lightnin’, qui publie un album éponyme sur Island Records (dont un titre sera samplé, plusieurs décennies plus tard, par De La Soul). 

En parallèle, sa réputation personnelle décolle, et il intègre l’orchestre d’Albert King, apparaissant en particulier sur l’album de 1974 “I Wanna Get Funky”, où il est crédité sous le nom de “Donald Kenzie” ainsi qu’au festival de Montreux en 1973, pour un concert documenté sur l’album de King “Blues At Sunrise”. Sa carrière prend un virage inattendu quand il est embauché pour rejoindre les Wailers, le groupe de Bob Marley, qui cherche alors à conquérir un public plus large que celui des amateurs de reggae. Il ne tarde pas à se faire remarquer dans le monde  de la musique jamaïcaine, travaillant notamment, outre Marley, avec Peter Tosh et Burning Spear et apparaissant sur plusieurs albums majeurs du genre dont “Rastaman Vibration” de Bob Marley & The Wailers et “Legalize It” de Peter Tosh. Il est également à la guitare derrière le duo de ce dernier avec Mick Jagger, (You got to walk and) Don’t look back.

Dans un registre moins musical, il est à côté de Bob Marley quand celui-ci échappe en 1976 à une tentative d’assassinat… Il retrouve en 2020 ses collègues des Wailers pour l’album “One World”, qui décroche une nomination aux Grammys. C’est d’ailleurs dans un registre reggae qu’il fait ses débuts en solo – mais avec son frère Ralph à la batterie – pour un single sorti en 1981 sous le nom de Don Kinsey And The Chosen Ones… Il participe également au début des années 1980 à des séances pour Betty Wright. 

Mais l’appel du blues est le plus fort. Donald et Ralph, avec leur plus jeune frère Kenneth à la basse, s’associent sous le nom du Kinsey Report – un jeu de mots avec les ouvrages du pionnier de la sexologie Alfred Kinsey – pour accompagner leur père pour son premier album, qui sort en 1985 sur Rooster Records. Repéré par Bruce Iglauer, Donald apparaît sur deux albums Alligator de Roy Buchanan (ainsi que sur la bande originale du film français Saxo) alors que le label sort le premier album du Kinsey Report et que le groupe, crédité Donald Kinsey & The Kinsey Report est au programme de l’anthologie “The New Bluebloods”.

Big Daddy Kinsey, Donald Kinsey, Kenneth Kinsey, 1987 © Brigitte Charvolin

La période est particulièrement favorable à leur blues rock musclé et le groupe publie un second album pour Alligator, puis deux disques pour Pointblank. Les frangins accompagnent à nouveau leur père, sous le nom de Big Daddy Kinsey And Sons sur “Can’t Let Go”, qui paraît sur Blind Pig en 1990, mais Donald est le seul à apparaître au générique de l’acoustique “Ramblin’ Man” qui sort cinq ans plus tard, partageant la guitare avec John Primer. Un dernier album du Kinsey Report apparaît en 1998, à nouveau sur Alligator, “Smoke And Steel”, suivi d’un EP autoproduit, “Standing (I’ll be)” en 2014, mais l’ensemble reste actif sur scène jusqu’en 2022, tournant notamment en France en 2009.

Wayne Baker Brooks, Trudy Lynn, Donald Kinsey, 2006 © Brigitte Charvolin

En solo, Donald Kinsey participe à la tournée 2006 du Chicago Blues Festival, avec Trudy Lynn et le groupe de Wayne Baker Brooks, et se produit ensuite à plusieurs reprises sur les scènes françaises, entre 2014 et 2016, avec le groupe du guitariste Nico’ZZ. En dehors d’une apparition sur une anthologie “Playing For Change” en 2018 et du disque des Wailers de 2020, il ne semble pas avoir enregistré ces dernières années. Malgré une santé fragile, il était encore apparu l’été dernier dans le cadre de l’hommage à Albert King au Chicago Blues Festival. 

Texte : Frédéric Adrian
Photo d’ouverture © Brigitte Charvolin

Chicago, 2016 © Brigitte Charvolin
Chicago, 2022 © Brigitte Charvolin
Avec Toronzo Cannon, Chicago, 2022 © Brigitte Charvolin
Donald Kinseyhommage