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Live reports / 21.10.2026

D.K. Harrell, Café de la Danse

5 octobre 2026, Paris

Café de la Danse, le 5 octobre 2026. La date et donc le jour, un lundi, de ce concert étaient clairement dans toutes les têtes, organisateurs, musicien, et spectateurs, sous forme de point d’interrogation. Le lundi n’est pas réputé favorable à Paris pour un concert, surtout quand l’équipe de France de football d’un certain Zidane joue ce même soir au Stade de France.

C’est le chanteur et multi-instrumentiste D.D.Rey, maintenant échappé du trio alsacien Dirty Deep qu’il avait fondé pour pouvoir jouer, et tourner en solo (en format one-man band en réalité, assurant simultanément chant, guitare, harmonica et percussions) qui se présente devant une salle déjà bien remplie.Il assure donc la première partie de ce concert test pour le blues à Paris, un lundi, dans une salle relativement grande, peu connue pour le blues et avec en tête d’affiche un jeune artiste, D.K. Harrell, inconnu à priori du grand public ! D.D.Rey est venu présenter lui son premier album, sorti mi-septembre et chroniqué récemment dans nos colonnes (lire ici). Il propose sa version personnelle du blues mythique du Delta et surtout de ce Hill Country blues idéalisé, donc sous forte(s) influence(s), sans surprise, R.L. Burnside et Black Keys, en y ajoutant un soupçon de folk et d’Americana évoquant là les débuts en solo de Neil Young.

La restitution de ce nouvel album est réussie, la mise en place sur scène impeccable, le talent instrumental indéniable et l’énergie nécessaire est bien présente, on sent toutefois aussi un artiste nourri par les musiques des années 90 et habitué à jouer dans des Salles de Musiques Actuelles pour un public jeune (il en parle dans notre interview). Beaucoup de bonnes intentions pour D.D. Rey, c’est sûr, mais le public, lui, ne sera pas totalement convaincu même si l’accueil reste bienveillant et chaleureux !

DD Rey © Jean-Michel Rock’n’Blues
DD Rey © Jean-Michel Rock’n’Blues

Le contraste est d’ailleurs saisissant dès les premières notes jouées par l’orchestre de D.K. Harrell devant une salle maintenant quasi-complète. Ce public est venu pour partager, pour danser, et le groove irrésistible, la communication chaleureuse et la joie visible du jeune chanteur guitariste américain vont faire rapidement chavirer la salle. Ses musiciens ouvrent avec deux instrumentaux très jazz, le Stomped and Wasted de Dizzy Gillespie et le Mercy, mercy, mercy de Joe Zawinul via Cannonball Adderley avant que D.K. n’apparaisse rayonnant déjà du bonheur de jouer pour la première fois à Paris, devant une salle comble.

Grown man extrait de ‘’Talkin’Heavy’’ le montre vite, D.K. est maintenant un ‘’grand garçon’’ et il va le prouver sans contestation possible à travers un set d’une qualité qui va laisser même les plus blasés complètement estomaqués. Six titres de chacun des deux albums, que des compos personnelles, une heure et demie d’un concert finalement interrompu seulement par la nécessité du couvre-feu du quartier et D.K. Harrell rejoint dans le souvenir des plus anciens les grands du blues électrique de la fin des sixties et début des seventies. On peut parler de B.B. et d’Albert (King bien sûr) mais on pourrait évoquer aussi Little Milton, Fenton Robinson, Philip Walker et d’autres.

Une présence charismatique, une énorme joie d’être sur scène (c’est le métier d’artiste que son père lui avait formellement interdit) et un talent musical pas vu depuis longtemps et qui renvoie à leurs études de multiples prétendants actuels au titre de ‘’nouvel espoir du blues’’ comme trop souvent lu dans les communiqués de presse. D.K. Harrell en toute confiance va terminer par un rapide rappel à capella façon gospel, couvre-feu oblige, et la très longue file avant la sortie de la salle pour achat de disques, dédicaces et selfies, confirme que le public présent, pas du tout spécialiste dans sa majeure partie, repart avec un sacré souvenir de cette soirée magique pour le blues.

Texte : Eric Heintz

Photos : Jean-Michel Rock’n’Blues, Brigitte Charvolin

D.K. Harrell © Jean-Michel Rock’n’Blues
D.K. Harrell © Brigitte Charvolin
D.K. Harrell © Jean-Michel Rock’n’Blues
D.K. Harrell © Brigitte Charvolin
D.K. Harrell © Jean-Michel Rock’n’Blues