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Live report / 30.01.2018

Cécile McLorin Salvant

Les prix s'accumulent pour Cécile McLorin Salvant. Dimanche 21 janvier, elle recevait le Prix Django Reinhardt de l'Académie du jazz, dimanche dernier un nouveau Grammy du meilleur album de jazz vocal. Un peu plus tôt, elle donnait un concert sublime au Théâtre de Caen.

 


Aaron Diehl, Cécile McLorin Salvant

 

 

Calme et tranquille, la chanteuse franco-américaine ne fait pas d'esbroufe. Économe de ses gestes et déplacements, elle donne l'image d'une jeune femme sûre de son art, concentrée sur son chant et ses chansons. Mais derrière son sourire, sa paire de lunettes élégante et sa tenue simple et chic, on décèle une âpreté, une liberté voire une noirceur qui, à coup sûr, font toute sa valeur et sa singularité. D'emblée, on est frappé par cette technique exceptionnelle qui, loin de jouer pour elle-même, creuse des univers auxquels on n'était pas nécessairement préparé. On songe ainsi d'entrée à Billie Holiday et à Nina Simone, les plus iconoclastes des chanteuses de “jazz”. La première vient à l'esprit quand Cécile laisse entrevoir quelque fissure dans son chant ; la seconde est évoquée plus directement via une reprise de Marriage is made for old folks ou un poème de Langston Hughes mis en musique par Kurt Weill.

 

 


Paul Sikivie

 


Kyle Poole

 

Tour à tour drôle et sombre, Cécile McLorin Salvant embrasse un très vaste répertoire, du Chicago blues (Spoonful) à Josephine Baker (Si j'étais blanche) en passant par des standards de jazz et des titres des classic blues singers d'avant-guerre. Visiblement, sa setlist varie en fonction du moment ; entre plusieurs morceaux, elle s'interroge à voix haute : « Qu'est-ce qu'on va jouer maintenant ? » C'est qu'elle peut compter sur l'attention et la complicité sans failles de son trio emmené par le magnifique pianiste Aaron Diehl. Compter aussi sur une diction d'une qualité littéralement époustouflante, qui saute encore plus aux oreilles quand la jeune femme s'exprime en français (magnifique La solitude de Barbara). J'ai rarement entendu une artiste aussi à l'aise dans son style, le jazz, et en même temps aussi dégagée des étiquettes et des frontières stylistiques. Aussi proche de sa propre voix.

Julien Crué
Photos © Sébastien Toulorge / sebastientoulorge.fr