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Chroniques / 30.01.2024

Candice Ivory, When The Levee Breaks – The Music Of Memphis Minnie

Après avoir écouté les trois premiers albums de Candice Ivory (une musique presque céleste, nimbée de soul, de R&B et de jazz), je ne m’attendais pas une seule seconde à un CD dans ce registre. L’exercice était fort périlleux, reprendre des chansons de la première grande chanteuse de blues traditionnel de l’histoire. Tuons tout suspense d’emblée, le résultat est magistral. 

Il y a tout d’abord la voix, piquante, sensuelle et chargée d’émotion, mais il faut dire que la dame enseigne le chant, donc elle fait un peu ce qu’elle veut… Elle plane de la première à la dernière seconde, se contentant de quelques coups d’ailes pour se jouer des ascendances. Sur un total de dix, on ne compte que deux chansons acoustiques dans un esprit traditionnel, When you love me et Hoodoo lady. Le reste ? Une immersion dans un monde insoupçonnable dès l’ouverture (Me and my chauffeur), au centre duquel on se laisse emporter par un maëlstrom de percussions afro-cubaines (Atiba Rorie, Brevan Hampden et George Sluppick) et de pedal steel (DaShawn Hickman), le tout impeccablement produit par Charlie Hunter, qui tient aussi basse et guitare.

À travers ce retour halluciné aux sources, Candice Ivory et ses accompagnateurs nous emmènent en pèlerinage. À ce titre, certaines chansons sont des incantations, des psalmodies, des prières, et When the levee breaks, mais surtout Crazy crying blues et Hole in the wall, sont des sommets. Comme il faut aussi nous laisser souffler tout en apportant de la variété, des chansons comme la ballade Blues everywhere, Pile driving blues aux accents funky, le blues lent Hard down lie ou encore New bumble bee à la sauce reggae viennent compléter cet ensemble brillant et original, dont on oublie complètement qu’il se compose seulement de reprises.

Daniel Léon

Note : ★★★★★ (Pied + Scoop)
Label : Little Village
Sortie : 6 octobre 2023

albumCandice Ivory