;
Chroniques / 15.09.2023

Buffalo Nichols, The Fatalist

L’affichage modeste sur le compteur (8 titres, 27 min) n’est en rien le fruit d’un manque d’inspiration. Bien au contraire. Le condensé est puissant. Très puissant. Sombre et touchant.

Auteur d’un excellent premier album en 2021 déjà sur Fat Possum, Carl “Buffalo” Nichols s’était distingué comme un talent à suivre de près, habile songwriter féru de blues et de folk, option acoustique et bien enracinés. Mais pas cramponné au passé. « Le blues doit conserver sa trame musicale, mais porter une autre parole, retisser son lien avec la société, avec le peuple », confiait-il dans notre numéro 245. Mise en pratique d’emblée avec l’orageux Cold black stare : sa guitare rêche et slidée le long d’un talon tambourinant donne le change à son timbre ténébreux qui rappelle ceux de grandes figures du Delta ou celui d’un Guy Davis. Buffalo Nichols y pointe l’étendue du malheur entretenu par la cupidité d’un menteur tapi dans l’ombre. Entrée en matière saisissante, presque glaçante. 

Ce qui suit n’est pas moins menaçant. Trempé dans le gospel, s’appuyant sur une slide hantée, un sample de Charley Patton et une boîte à rythme rugueuse, You’re gonna need somebody on your bond invoque un autre esprit centenaire, celui de Blind Willie Johnson. Love is all a raison de calmer un peu le jeu avec ses harmoniques et son picking agile. La mesure palpite toujours, la voix solide comme un roc malgré les fissures : « If love is all we have right now / Well I think we have enough. » La déclaration est forte. 

L’apport d’un violon (Jess McIntosh) sur trois titres insuffle un peu d’air bluegrass ou country bienvenu, et Nichols continue de captiver, en retenue avec une perle qui joue sur deux points de vue (The difference) et un duo poignant (This moment avec Samantha Rise), en appuyant sur les machines pour un alliage détonnant, dérangeant. The long journey home, The fatalist blues, deux tours de force qui impriment leurs mots et leur désespoir au fer rouge. “The Fatalist” est un album marquant.

Nicolas Teurnier

Note : ★★★★1/2
Label : Fat Possum
Sortie : 15 septembre 2023

Buffalo NicholschroniqueFat Possum RecordsNicolas TeurnierreviewThe Fatalist