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Live report / 16.11.2017

Bay-Car Blues Festival

Le doute n'est plus permis, le Bay-Car fait partie des grands festivals de blues. De ceux pour qui le mot “blues” n'est pas là pour faire joli. À l'attrait d'une programmation bien pensée, s'ajoute le plaisir du lieu et de sa fréquentation. Trop galvaudé, le mot convivial retrouve ici tout son sens. Bref, on se sent bien tout en haut des Hauts-de-France.

Pour leur troisième participation au Bay-Car, les Polonais de Bang On Blues! ont les honneurs de la grande scène. Power trio adepte d'un blues rock funky, après un début un peu confus, ils se rattrapent en fin de parcours avec Black cat bone et Nobody's fault but mine. Comme tous les autres artistes à venir, ils ont été présentés avec pédagogie par Éric “MC” Matelski.

 


Bang On Blues!

 


Bang On Blues!

 

La prestation d'Archie Lee Hooker a fait débat ! Nulle pour les certains, géniale pour d'autres. Son chant est quasiment inaudible et il n'a pas de répertoire, c'est vrai. Et sans son patronyme, il ne serait sans doute pas ici. Il n'en profite pas outre mesure, se contentant d'évoquer son tonton à travers I'm in the mood ou Hard times vite dilués dans de longs soliloques. Car, malgré ses manques évidents, il est totalement impliqué – sa gestuelle en témoigne –, souvent proche d'une transe mississippienne qu'attise ses compagnons tout aussi concernés, à l'image de l'étonnant guitariste Little Legs (euphémisme !), de Jake Calypso à la guitare rythmique, de Mr. Ruine B à l'harmonica et Terry Reilles aux balais.

 


Archie Lee Hooker

 


Jack Calypso, Archie Lee Hooker, Little Legs, Mr Ruine B.

 


Archie Lee Hooker, Mr Ruine B.

 

Très demandé en France et plus encore à l'étranger, Nico Duportal jouait à domicile, avec des Rhythm Dudes parfaitement rodés. Les repères sont vite identifiés : Chuck Berry avec I know the rules (et son piano à la Johnny Johnson), Fats Domino quand il célèbre sa Mélanie ; ailleurs c'est le jungle beat de Do Diddley qui impose son tempo. Mais Nico a depuis longtemps étendu sa palette au jazz dans sa déclinaison dansante. La preuve par Nite and day ou Brand new day, au swing dévastateur, nourris par la rythmique (Pascal Mucci et Thibaut Chopin) et les solos éloquents de Nico, mais aussi d'Olivier Cantrelle à l'orgue et d'Alex Bertein, au baryton très sollicité ce soir. Special guest, Benoit Blue Boy creuse le sillon jazzy avec Benzola ascensor au chromatique et nous embarque en Louisiane avec Hey la bas épaulé par les saxophones (Sylvain Tejerizo et Bertein). Et c'est La Nouvelle-Orléans encore qui imprègne la seule reprise du set, Let's rock d'Art Neville au final.

 


Nico Duportal

 


Thibault Chopin

 


Nico Duportal, Sylvain Tejerizo

 


Olivier Cantrelle, Nico Duportal, Benoit Blue Boy

 


Benoit Blue Boy

 

Inutile de revenir sur les talents de chanteur et d'harmoniciste de Matthew Skoller. Il les met au service d'extraits de son dernier album, comme Big box store blues, son plaidoyer pour le commerce de proximité, Devil ain't got no music, aux allures de gospel, ou Blues Immigrant, la chanson titre qui interroge l'Amérique. Son invitée, Deitra Farr, a maintenant du mal à se mouvoir. Elle reste assise, mais le regard est toujours malicieux et la voix garde ampleur et aisance. Elle se distingue dans It's my turn, my time et le très réussi Je me souviens, jadis gravé en compagnie de Mississippi Heat. L'orchestre (Johnny Iguana, kbd ; Tom Holland, g ; Felton Crews, b ; Marc Wilson, dm) assure mais reste discret. C'est bien, mais l'ensemble manque un peu de chaleur communicative, peut-être parce que la salle a déjà commencé à se vider.

 


Matthew Skoller

 


Johnny Iguana

 


Deitra Farr

 


Tom Holland

 

Le lendemain, on affiche complet et on commence en douceur avec Heckle & Jeckle, duo de guitaristes, renforcé d'un percussionniste, pour une relecture tout en décontraction de classiques du blues. Un hommage à la fois respectueux et séduisant qui se prolongera lors de toutes les inter-scènes.

John Németh arrive avec un verre plein d'un liquide ambré (jus de pomme ?) à la main, en combinaison bleue et casquette rouge. Le Super Mario du blues ? Derrière, on reconnaît Fabrice Bessouat à la batterie, Antoine Escalier à la basse et Anthony Stelmaszack à la guitare, un groupe dont on sait la capacité d'adaptation à tous les contextes soul blues. Mais ce soir, il se surpassa encore, offrant à leur leader temporaire un accompagnement bien plus que compétent.

 


John Németh

 


Anthony Stelmaszack, John Németh

 

Le répertoire de Németh avait été assimilé, les arrangements étudiés. Anthony, particulièrement exposé, se montra brillant, sortant de sa zone de confort, pour plus d'audace et de panache. Tous trois surent aussi prodiguer un background vocal de haute volée, comme sur la ballade Testify my love. Fort de ce soutien, Németh confirmait sa classe de chanteur et d'harmoniciste. En deuxième partie de set, il appela Kirk Fletcher à le rejoindre. Le guitariste californien imposa sa puissance et son autorité tranchante, tout en laissant de l'espace à Anthony, qui n’a pas souffert de la comparaison. Un set passionnant de bout en bout.

 


Kirk Fletcher, John Németh

 


Kirk Fletcher

 


Kirk Fletcher, Anthony Stelmaszack, Fabrice Bessouat, John Németh, Antoine Escalier

 


Kirk Fletcher, Anthony Stelmaszack, Fabrice Bessouat

 

Du coup, la pression retomba d'un cran avec l'arrivée de Diunna Greenleaf et son groupe emmené par le jeune guitariste texan Eric “Sparky” Parker. Des musiciens indéniablement compétents, mais lisses et sans beaucoup d'imagination. La chanteuse cherche la participation du public en l'interpellant, ce qui marche moyennement. Heureusement, elle a du métier et c'est lorsqu'elle se concentre sur le chant qu'elle captive son auditoire. L'intérêt est aussi relancé par l'arrivée de Christone “Kingfish” Ingram, le prodige (révélé il y a quatre ans à l'âge de 14 ans) du blues mississippien. Aussi haut que large, il semble faire corps avec sa guitare et son That's all right met tout le monde d'accord !

 


Diunna Greenleaf

 


Eric “Sparky” Parker, Diunna Greenleaf

 


Christone “Kingfish” Ingram

 

Comme Kingfish Ingram, Marquise Knox fut considéré comme un bluesman prodige quand il sortit son premier album à 16 ans. Dix ans plus tard, il a gagné en maturité, en technicité, mais le blues est toujours au cœur de sa musique. Il revendique cet héritage avec fierté. Des compositions comme One more reason to have the blues ou Can a young man play the blues attestent de son engagement. Il salue Howlin' Wolf en reprenant Commit a crime, s'illustrant à l'harmonica, et B.B. King l'inspire souvent, particulièrement quand il lui emprunte Blues Man. Accompagné de son groupe habituel avec Michael Battle aux drums, Augustus Thornton à la basse et l'excellent Matthew Lawder auteur de bons solos de guitare, Marquise Knox s'inscrit parfaitement dans cette tournée New Blues Generation, opportunément complétée par Kat Riggins. Curieusement, dès qu'elle paraît, des vocations de photographes se manifestent… Peut-être parce qu'elle est jeune, belle et gracieuse, allez savoir ? En tout cas, elle fait preuve d'un vrai tempérament, ne ménage pas sa peine et son chant a l'autorité voulue. Des qualités perçues dans son album “Blues Revival” (chroniqué dans SB 228) et confirmées sur scène.

 


Michael Battle, Kat Riggins, Marquise Knox

 


Matthew Lawder, Kat Riggins

 

 

 

Belle conclusion d'un festival qui a tenu toutes ses promesses, mais gardez-le pour vous, les capacités de la salle sont limitées !

Jacques Périn
Photos © Alain Jacquet