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Chroniques / 18.06.2021

Amythyst Kiah, Wary + Strange

Après quelques zigzags en solo et au banjo (“Dig” en 2012) puis un EP en groupe qui laissait entendre un goût prononcé pour l’électricité (“& Her Chest Of Glass” en 2016, cf. SB 231), la popularité de cette songwriter du Tennessee fit un bond grâce à sa participation au superbe projet Our Native Daughters. Salué d’un “Pied!” dans Soul Bag 234, cet album féministe et patrimonial semble avoir fait office d’incubateur pour cette puissante chanteuse et brillante guitariste (elle connaît son bluegrass sur le bout des ongles). 

Cordes de guitare ou vocales, Kiah donne de la voix au sens propre comme au figuré. Vous en doutez ? Reprenez donc une tranche de Black myself, un brûlot de sa composition qui ouvrait l’album collaboratif précité et goûtez cette version toute fraîche et bodybuildée qu’elle a choisi de mettre au programme de “Wary + Strange” tant le message est d’actualité. Avec le producteur Tony Berg aux manettes (Andrew Bird, Amos Lee, Beck, Phoebe Bridgers…), la démarche d’Amythyst Kiah est salvatrice : sortir de sa zone de confort et reconsidérer l’approche des musiques qui la nourrissent, celle des Appalaches, le gospel, le blues rural… Ces musiques qu’on envisage généralement acoustiques s’affranchissent ici et prennent des directions aussi surprenantes que séduisantes. 

Passé le percutant single, n’en reste pas moins dix autres titres qui compose un LP à la production, aux arrangements et au son bien ciselés. Des compositions élégantes, accrocheuses. Des ballades gorgées de soul teintées folk blues, mais bien capables de muter en fresques funk rock sans jamais perde de vue ce goût du songwriting qui va si bien à cette trentenaire. Et la variété des atmosphères comme la cohérence de l’ensemble nous pousse à surligner doublement ce nouveau nom. On vous invite à faire de même.

Julien D.

Note : ★★★★
Label : Rounder
Sortie : 18 juin 2021

Amythyst KiahJulien DRounder RecordsSoul Bag 243